Le 20° anniversaire de la mort d’Arletty (l’hommage de Michel Souvais)

 

 

Le 20° anniversaire de la mort d’Arletty (23 juillet 1992)
L’hommage de Michel Souvais.

Michel Souvais a été le confident d’Arletty, son secrétaire particulier entre 1978 et 1990.

Il était l’arrière petit-fils de La Goulue, la fameuse danseuse de French-cancan du Moulin Rouge immortalisée par Toulouse-Lautrec.

Toutes ces années il la voyait en fin d’après-midi après son travail au Centre Pompidou.

De secrétaire particulier il est devenu plus que son ami, son confident.

De ces rencontres (qu’il a enregistré sur plusieurs dizaines de cassettes entre 1985 et 1987) est né un livre : Arletty Je suis comme je suis  publié chez Vertiges du nord/Carrère en 1987 qui fait suite au livre qu’elle avait sortie en 1971 La Défense aux éditions de La Table Ronde.

 

Pour rendre hommage à Arletty à l’occasion du 20° anniversaire de sa mort le 23 juillet 2012, il nous a semblé intéressant de consacrer une page à la série de vidéos que Michel Souvais a dédié à Arletty lors du festival de Cannes en mai 2010.

A l’origine, cet hommage comptait 10 vidéos.

La plupart ayant disparu nous avons décidé d’en remettre une large partie en ligne sur YouTube car les anecdotes et la manière dont Michel Souvais les raconte nous éclairent sur cette personnalité facétieuse d’Arletty.

C’est qu’elle n’était pas folle la guêpe !

 

Malheureusement Michel Souvais nous a quitté soudainement le 3 mars 2012.

Aussi nous en profitons pour lui  rendre hommage également et montrer qu’il ne sera pas oublié.

Voici le lien vers la page nécrologique que nous lui avions consacré sur notre blog ici.

Il avait encore tant de choses à faire…

 


Arletty, confidences à son secrétaire, le dernier livre que Michel Souvais  consacra à ses souvenirs d’Arletty.
Malheureusement il est sorti à compte d’auteur chez Publibook aussi il risque de devenir introuvable rapidement.

 

 

Michel Souvais en compagnie de Marcel Carné

1 – Arletty :

« Qu’estce que vous voulez que ça me foute j’srais morte ! »

Je voudrais rapporter quelques anecdotes parce que j’étais son secrétaire. J’étais auprès d’elle et alors un jour nous mangions chez elle dans son petit salon. Je dressais une table basse et nous mangions par exemple du saumon et un verre de Bordeaux. Toujours peu mais des plats raffinés voilà ce qu’elle aimait.

Alors je lui dit tout d’un coup :

Arletty vous êtes pas contente maintenant de savoir que plus tard dans le futur qu’après votre mort ?

Quoi après ma mort ! vous pouvez claquer avant moi !

– Oui ça je sais, on en a déjà parler souvent.

Alors je reprends :

– Mais maintenant, est-ce qu’après votre mort vous ne serez pas contente que des gens vous admireront ? vous verrons au cinéma, vous verrons bouger, des jeunes vous entendrons.

Quoi ? après ma mort ? qu’est-ce que vous voulez que ça me fout’ j’srais morte !

– Mais maintenant vous n’êtes pas contente de ça,  de savoir que plus tard il y aura des gens pour s’intéresser à vous ?

Vous vous foutez de moi ou quoi ?  je serais morte qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ce qu’on  écrira sur moi, dans les livres et tout ça, moi je n’aurais plus rien à voir avec ça. Je serais six pied sous terre.

Voilà elle était comme ça Arletty, elle a même failli me foutre dehors et pourtant c’est bien sur les photos, sur le papier qu’on continue à la voir et à l’admirer mais elle avait toujours un peu raison Arletty

2 – Arletty et l’air de Comme de bien entendu du film « Circonstances Atténuantes » de Jean Boyer (1939)

« L’hommage de la rue ça vaut mieux qu’un coup de pied au cul ! »

Arletty la grande comédienne dont j’étais le secrétaire pendant quinze ans… Un jour nous sortions du Hameau d’Auteuil, place de barcelone (dans le 16° à Paris) prés de chez elle, sa cantine.

Nous passons devant un immeuble où il y avait des échafaudages. Des ouvriers la reconnaissant se mettent à siffler l’air de « Circonstances Atténuantes » (il siffle l’air de Comme de bien entendu).

Alors elle me dit : C’est épatant.

Elle leur fait d’abord un signe de la main  et elle me dit dans l’oreille : C’est épatant, l’hommage de la rue ça vaut mieux qu’un coup de pied au cul !

Elle était comme ça Arletty

3 – Arletty et Marlène Dietrich :

« ah la vache ! »

Elles se croyaient rivales Arletty et Marlene Dietrich et elles l’étaient quand même pour des raisons sentimentales.

Voilà qu’un jour Arletty me dépose avenue Montaigne en taxi (où habitait Dietrich) et attend dans le taxi.  Elle me demande de porter notre livre Je suis comme je suis dans laquelle elle me racontait ses souvenirs.

Elle me demande de le porter à Marlène. Je sonne à la porte, un monsieur m’ouvre…

Sur ce arrive la Marlène :

– Qu’est-ce que c’est ?

– Voilà Marlène Dietrich enchanté de faire votre connaissance, j’apporte le livre.

– C’est bon. Laissez ça là et foutez le camp !

Alors je descend et retrouve Arletty qui me demande :

Comment qu’elle était la Marlène ?

– Comment qu’elle était la Marlène ? cinglé !

La vache !

Faut dire qu’Arletty avait eu un flirt avec Gabin du temps de Gaby Basset et avait été forte jalouse de la liaison de Gabin qu’il avait eu à un certain moment avec Marlène Dietrich.

Sacré Arletty qui était toujours étonnante…

4 – Arletty et les oeufs de Jean-Claude Brialy :

« suis pas sa grand mère ! »

Il y a tellement d’anecdotes qui me reviennent en pensant à elle.

Alors un jour il y a (Jean-Claude) Brialy qui lui amène des oeufs de sa campagne, elle etait là sur son divan et je dis à Jean-Claude Brialy :

– Mettez les à la cuisine.

Et Arletty me dit :

‘suis pas sa grand mère !

Brialy revient. Il l’avait entendu, et me dit :

– Voilà ses oeufs prenez là, vous les mangerez bien avec madame votre mère…

Je le remercie. Après quand il est parti Arletty me dit  :

Je lui parle durement hein ? c’est comme un fils…

Sacré Arletty, elle était  sensationnelle, on ne l’oubliera jamais…

5 – Arletty :

« faut pas continuez à vous droguer ma p’tite dame, vot’ mari il va se mettre à boire.  »

Arletty ne recevait pas n’importe qui chez elle. On a dit n’importe quoi. Mais elle recevait sans distinction sociale des personnes lambda aussi bien que des actrices célèbres, ou des bourgeois.

Mais il fallait malgré tout une recommandation, un ami commun ou quelque chose comme ça. Elle répondait elle même au téléphone, ça c’est tout à fait juste.

Elle se considérait un peu comme une assistante sociale au sens ou elle était connue aussi pour ses problèmes aux yeux.

Elle avait soutenu Marie Bell, un chanteur célèbre pour des problèmes aux yeux, un danseur très célèbre aussi.

Et malgré tout, d’abord c’était son bonheur de parler avec les gens d’une manière simple et d’ailleurs les comédiens, les comédiennes ne doivent pas s’enfermer dans une tour d’ivoire.

Elle fréquentait le peuple aussi bien que les aristos pour pouvoir incarner ces personnages.

Alors un jour, elle rentrait du restaurant et je la surprends au téléphone, et elle dit :

Faut pas continuez à vous droguer ma p’tite dame, votre mari il va se mettre à boire !

Voilà c’était comme ça dans la fantaisie  et c’est pour ça que je l’aimais…

6 – Arletty et Sylvie Joly :

« c’qu’elle est vulgaire ! »

On s’amusait bien chez Arletty quand même des fois, souvent. A sa mort, on a mis une plaque sur son immeuble rue Remusat, lui attribuant la phrase « une journée sans rire est une journée perdue »  ce qui n’est pas tout à fait ce qu’elle avait dit mais…

Alors une fois après le restaurant nous étions dans son petit salon.  C’était avec Parisys (Marcelle), actrice d’une certaine époque, toujours blonde, une fantaisiste, une chanteuse.

Elle aimait bien raconter des grosses blagues salaces, et moi j’étais sur le canapé entre Arletty et Parisys, elle avait créé Les Fraises et les framboises mais aussi Mon cul sur la commode et puis Monte la dessus, tu verras Montmartre, c’était une célébrité humoristique.

On buvait du Champagne qu’Arletty m’avait fait prendre sur sa réserve sur son balcon. La baronne de Rothschild envoyait du Bordeaux et il y avait toujours des demi de Champagne.

Alors moi, Parisys me racontant des blagues et moi me tapant sur les cuisses hurlant de rire. A un moment  Arletty pose sa coupe de Champagne, elle me regarde et me dit à l’oreille :

C’qu’elle est vulgaire !

Alors je redouble de rire.

Voilà tout ça c’etait très drôle, même avec Sylvie Joly.  Elle faisait concurrence de blagues très drôles, parfois surréalistes.

– Comment vous le voyez l’an 2000 dit Joly

et Arletty :

– Chacun aura son hélicoptère à sa fenêtre!

Voilà on était très joyeux…

7 – Arletty et Bao Daï le dernier empereur d’Annam :

«vous en savez des choses ! »

Une autre fois Arletty était invitée au Hameau d’Auteuil, sa cantine comme je vous ai dit,  et pas par n’importe qui par l’ex empereur d’Annam (Bao Daï) donc moi je l’accompagnais.

Nous nous installons autour de la table ronde, le restaurant a changé de nom mais des photographies évoquent toujours son souvenir.  J’attendais des propos pleins de verve de la Madame Sans Gêne qu’était Arletty.

C’était pas Napoléon C’était Mahomet ! Elle ne mangeait pas le soir mais copieusement le midi donc ça devait être une bonne entrecôte.

Le serveur vietnamien faisait des révérences à celui qui fut souverain du Vietnam, du Laos, du Cambodge et moi je pensais qu’il fallait donner le change à l’ancien homme d’état alors je lui parlais de stratégie mondiale, du devenir de la Chine, de l’URSS, de la démographie mondiale.

Soudain Arletty émerge de sa réserve et prend la mouche, un peu parce que c’était pas elle la vedette pendant dix minutes. J’arrêtais pas de la ramener et elle me toise comme ça et dit :

Vous en savez des choses !

Après il est évident qu’elle s’est mise à raconter avec verve tout ce que le souverain attendait c’est-à-dire des souvenirs de théâtre et de cinéma.

Merveilleuse Arletty

8 – Arletty et Jacques Prévert / Marcel Carné :

« Surtout Marcel vous etes un magicien ! »

Marcel Carné ? Arletty préférait Jacques Prévert bien sur. Parce qu’elle disait : le verbe c’est primordial au cinéma pour un acteur et l’image ça n’existerait pas sans le verbe.

Oui mais elle venait du théâtre Arletty alors évidemment elle disait qu’elle avait appris son métier par les pieds mais aussi par le verbe.

Elle était fâchée avec Marcel Carné pour ça, parce qu’elle disait Jacques Prévert c’est primordial, Henri Jeanson etc…

elle avait quand même sa réplique fameuse atmosphère atmosphère et dans Les Enfants du Paradis C’est tellement simple l’amour.

Quand on a sorti notre livre Je suis comme je suis  j’avais choisi une photo de Marcel Carné et Arletty et je l’avais mise dans l’iconographie.

Alors après Marcel Carné c’est réconcilié avec Arletty, il l’a invité au restaurant et il est venu à Puteaux (c’était Courbevoie. NDLR) pour les 90 ans d’Arletty.

J’étais assis à coté de Marcel Carné et je dis à Carné :

– Vous avez fait de merveilleuses images d’Arletty  particulièrement dans Les Visiteurs du soir et Les Enfants du Paradis, elle est sublime et Carné se tourne vers Arletty et dit :

– Oui mais Arlette vous préfériez Jacques Prévert, vous mettiez Jacques au dessus de tout et moi j’étais quantité négligeable n’est-ce pas ?

Arletty se tourne vers lui et lui dit :

– Marcel, j’ai dit (que vous étiez) le Karajan du septième art mais surtout Marcel vous êtes un magicien !

Alors là il est devenu tout rouge et c’est vrai qu’Arletty disait il est propre comme un sou neuf, c’est un gros bébé joufflu. C’est vrai qu’il avait un coté « bébé cadum. »

Il était adorable Marcel Carné et je suis très content de les avoir réconciliés.

Michel Souvais aux cotés de Marcel Carné et Arletty à Courbevoie en 1988

Vous pouvez regarder toutes ces vidéos à la suite via ce lien ci-dessous :

 

Arletty repose au cimetière de Courbevoie (cf le site Cimetières de France et d’ailleurs) quant à Michel Souvais, il a retrouvé sa mère au columbarium du Père Lachaise à Paris.

 

Les obsèques d’Arletty, Journal télévisé  de FR3 daté du 29 juillet 1992.

(c) INA

LIENS MICHEL SOUVAIS

Sa page YOUTUBE sous le nom de Msouvais, et de Mauliere,

son blog,

un autre blog sur La Goulue avec la page officielle sur la biographie de La Goulue,

sa page facebook sur Arletty, Dalida et La Goulue,

une autre page facebook consacrée à Georges Sand et celle sur La Goulue.

 

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Un Commentaire

  1. Philippe Morisson
    Publié le 11 février 2014 à 17 h 39 min | Permalien

    la page que nous avons consacré à la mort de Michel Souvais au printemps 2012 :

    http://www.marcel-carne.com/blog/la-mort-de-michel-souvais-le-confident-darletty-petit-fils-de-la-goulue-1946-2012/

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