Le hors série de Ciné Miroir (1945)

Pour fêter le 70°anniversaire de la première projection des Enfants du Paradis ce jour, le 09 mars 1945, au Palais de Chaillot, nous avons décidé de vous proposer ce hors série exceptionnel de la revue Ciné-Miroir.

Ciné-Miroir était une revue hebdomadaire fondée en 1922 par Jean Vignaud. Sa parution fut interrompue pendant toute la durée de la guerre. Mais en 1945/1946, la revue publiera une collection intitulée « Les Nouveaux Films » consacrée exclusivement à un film. Elle comprendra sept numéros dont Falbalas de Jacques Becker et Jéricho d’Henri Calef. Puis la revue reparaîtra à partir du 05 juillet 1946. La collection  « Les Nouveaux Films » changeant de titre et devenant « Les plus Beaux Films ».

Le numéro consacré aux  Enfants du Paradis est le premier de la série des sept de la collection  « Les Nouveaux Films ». C’est bien évidemment le numéro le plus rare.

On y trouve des entretiens de Marcel Carné, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur ainsi qu’un article sur la construction des décors du film à Nice et Paris (avec des photographies rares) et l’inévitable (courante dans ce genre de publication) histoire romancée du film que nous vous avons épargné…

Bonne lecture.

Table des Matières

1 – Editorial
2 – Marcel Carné nous dit
3 – Jean-Louis Barrault a ressuscité Deburau
4 – Pierre Brasseur a ressuscité Frédérick Lemaître
5 – Quand Arletty devint Garance
6 – Maria Casarès, touchante Nathalie
7 – Marcel Herrand, Lacenaire
8 – Louis Salou, comte de Montray
9 – Comment le Boulevard du Crime fut reconstitué à Nice
10 – Au temps des Enfants du Paradis

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1 – Editorial

Voici le premier numéro d’une collection éditée par CINÉ-MIROIR. CINÉ-MIROIR lui-même ne reparaît pas encore.

Pendant la guerre, les Allemands l’avaient jugés séditieux. Pensez donc, il avait publié « Les aveux d’un espion nazi », « Miss Cavell », « Apres Mein Kampf, mes crimes ». Il n’en fallait pas tant pour être interdit.

CINÉ-MIROIR néanmoins n’a pas cessé d’exister. Obscurément il a maintenu le contact avec ses lecteurs et ses lectrices. Clandestinement il leur a vendu des photographies d’artistes, de tous les artistes français, anglais, américains. Et si Jean CAMERA n’a pas continué à répondre à leurs demandes de renseignements, c’est parce qu’un certain jour de juin 1944 la Gestapo est venue l’arrêter et le déporter en Allemagne.

Maintenant l’orage est passé. CINÉ-MIROIR relève la tête. Pas complètement cependant. La crise du papier sévit plus cruellement que jamais et le Ministère de l’Information ne nous permet pas encore de reparaître régulièrement.

La collection que nous vous présentons aujourd’hui n’est donc pas notre revue d’avant-guerre. C’est un CINÉ-MIROIR d’attente. II est consacre à un seul film, à ses réalisateurs et à ses artistes. Nous espérons cependant qu’il vous plaira. Pour ce premier fascicule hors série, nous avons choisi le beau film de Marcel CARNE « LES ENFANTS DU PARADIS ». D’autres fascicules suivront, qui sont déjà en préparation. Ils paraîtront à intervalles de quatre à cinq semaines. Ainsi nous espérons atteindre l’heureux temps où il n’y aura plus de crise du papier et où nous pourrons vous présenter un CINÉ-MIROIR gai, varié, documenté et superbement illustré, un CINÉ-MIROIR a la hauteur de sa réputation, un CINÉ-MIROIR qui, comme l’indique son titre, sera le véritable reflet du cinéma.

RENÉ MANEVY.

 

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2 – Marcel Carné nous dit

Dans son atelier lumineux d’ou l’on domine tout Paris, Marcel Carné évoque l’élaboration des « Enfants du
Paradis » qu’il appelle le film du malheur.
Nous avons commencé au mois d’août 1943. Depuis, cela n’a été qu’une suite d’interruptions, jusqu’en novembre 1944.
On devait tourner uniquement à Nice. Mais le ministère de l’Information de l’époque, averti d’un débarquement imaginaire des Alliés à Gênes, nous donna l’ordre de rentrer illico. Chez Pathé pour qui se faisait maintenant la production, on monta rue Francoeur les décors des deux théâtres, tandis qu’à Nice, le Boulevard du Crime, construit et dûment achevé, attendait sous les intempéries notre retour. Il se produisit en effet plusieurs mois plus tard : résultat, 800.000 francs de frais supplémentaires pour la réfection du décor. Tout ceci nécessita un arrêt total de deux mois. Avec les prolongations de contrats, les assurances, les dédommagements aux studios loués pour d’autres productions, il faut compter sur le prix du film une dizaine de millions perdus à cause de cette malencontreuse ordonnance de Vichy.
On a beaucoup parlé du prix des « Enfants du Paradis », on aime beaucoup raconter que je suis « cher », affirme Marcel Carné avec son ironique sourire. Comment faire autrement ?
Un exemple :
Le comte de Montray, lorsqu’il se présente à Garance, vedette du théâtre des Funambules, se fait précéder d’une corbeille de fleurs.
C’est une corbeille fastueuse, comme il se doit, et visiblement destinée à éblouir celle à qui elle est offerte par l’homme le plus distingue de Paris, et le plus riche.
Le régisseur de la production avait consacré une petite fortune à l’achat de cet accessoire indispensable, véritable chef-d’oeuvre de l’art floral. « Combien ?… » demandai-je simplement. « 20.000 francs… »
Seulement, comme la scène entre Garance et Montray, qui avait nécessité de nombreuses répétitions, ne me satisfaisait pas complètement, je décidai de la recommencer de lendemain et fis appeler le régisseur :
— Faites venir une autre corbeille. Un peu mieux que celle-ci.
Le lendemain, dès mon arrivée sur le plateau, mon premier soin fut de m’assurer de l’exécution de mes ordres. Devant une corbeille aux proportions encore plus imposantes que celle de la veille, mon visage s’éclaira. « Combien ? — 30.000 francs », répondit le régisseur empressé. Je souris tout à fait et la scène fut tournée dans la sérénité…
— Mon Dieu, observait Louis Salou qui tient dans « Les Enfants du Paradis » le rôle du comte Montray, on ne pouvait faire moins de nos jours… La vérité avant tout !
En tout et pour tout, avec le prix excessif des matières premières, en tournant parfois une heure par jour faute d’électricité, les deux films — car il y en a deux, ne l’oublions pas — ont atteint la somme de 58 millions de francs.

Vous devez être heureux du résultat : succès, accueil magnifique du public, triomphe de la qualité.
La faveur des spectateurs est ma meilleure récompense, comme les émouvantes lettres de mes confrères, les metteurs en scène de talent : Christian-Jaque, Jacques de Baroncelli, Jean Gremillon et d’autres.

Comment vous est venue l’idée des « Enfants du Paradis » ?
D’une conversation avec Jean-Louis Barrault. Nous cherchions, Prévert et moi, un sujet. Les producteurs refusaient « Un jour de sortie ». Pour la première fois, Barrault nous parla d’un épisode de la vie de Deburau. Un jour, sur les boulevards, ayant voulu corriger un insolent, il le tua accidentellement. Poursuivi pour homicide par imprudence, l’illustre mime vit au tribunal défiler tout Paris devant lui : on venait entendre sa voix. L’anecdote s’avérait impossible à reproduire sans minimiser le personnage. On l’aurait vu uniquement jouant la pantomime avant de ménager la surprise finale de la parole. Nous avons conserve Deburau, mais en l’entourant de contemporains et d’êtres imaginaires. Pour Prévert et moi, un film c’est avant tout une suite de détails…

Quel sera le prochain ?
Rien encore de précis dans mes projets. Mais je songe fortement à une adaptation du « Candide » de Voltaire, interprété par Gerard Philipe, avec Jouvet dans le rôle de Pangloss…
JANY CASANOVA.

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3 – Jean-Louis Barrault a ressuscité Deburau

JEAN-LOUIS BARRAULT, l’une des plus curieuses personnalités de notre écran, est aussi un original. Si vous lui demandez sa date de naissance, il répond par un rébus : – Je suis venu au monde le même jour que la sainte Vierge et Alfred Jarry, mais l’année de l’inondation…

Il se destinait à l’agronomie et fut ainsi un des pensionnaires les plus assidus du Collège Chaptal. Après avoir passé ses bachots latin,sciences et mathématiques élémentaires, il doit gagner sa vie. Epoque héroïque : il devient revendeur aux halles, comptable chez Lefranc, pion à Chaptal où il retourne sans joie. Déjà il est dévoré par le démon du théâtre, la science des attitudes, le goût de la mise en scène.

C’est l’époque glorieuse où Dullin règne en maître sur les jeunes cerveaux épris d’art. Il lui écrit. Charles Dullin le convoque et a vite fait de voir en lui une « bête de théâtre ». Nouvel épisode stoïque : Jean-Louis quitte le collège, définitivement cette fois, pour suivre les cours de son nouveau maître. Pour subsister, il fera tout à l’Atelier : régisseur, machiniste ; il lui arrivera même de balayer le plateau. Pour éviter les frais d’une chambre, il habite à l’Atelier, couchant dans une loge, mais toujours élève fidèle des cours.

Avec ses économies, il monte une pièce. C’est un four noir qui ne le décourage pas. Marc Allégret, toujours à la recherche de visages neufs, lui confie un rôle de second plan dans Razumov/Sous les yeux d’Occident. Ensuite viennent Hélène et les Beaux,Jours.

En 1937, déjà connu et apprécié, il monte Numance au théâtre Antoine. Tout Paris court le voir et le premier soir on fait 18.000 francs de recettes.

Le cinéma l’accapare et parallèlement le théâtre, puisqu’il devient metteur en scène et sociétaire à la Comédie Française après avoir épousé l’une de ses étoiles, Madeleine Renaud.

Dans « les Enfants du Paradis », Jean-Louis Barrault ressuscite la figure la plus attachante de notre théâtre de mime : celle de Charles Deburau, cet homme triste qui faisait rire les autres. La scène où Pierrot, immobile et muet, s’éveille à la vie avec un simple clignement dans ses yeux pailletés en contemplant Garance, compose un des meilleurs passages du film.

Jean-Louis Barrault est un adepte du mime « par goût, dit,il, de l’expression corporelle ».

Je m’intéresse au mime depuis toujours, depuis mes débuts à l’Atelier. Jacques Copeau remit cet art en question. Toute la compagnie des Quinze, au Vieux Colombier, partageait son enthousiasme. Suzanne Bing, puis Etienne Decroux, rencontrés là-bas, m’ont fait travailler avec eux. Decroux ne cesse de se parfaire. Il a trouvé en moi un émule, même quand ma vie plus dispersée, avec la Comédie Française et le cinéma, ne me permit pas comme lui de me consacrer uniquement à la pantomime.

On peut exprimer par le corps, même avec un masque, des sentiments d’une richesse infinie équivalant à celle du texte. Si l’on veut raffiner, on peut assurer que le verbe, la parole ne sont qu’une gymnastique buccale. Voyez donc les extraordinaires résultats obtenus par Charlot.

Jean-Louis Barrault plaide ardemment une cause chère :

En l’introduisant sur scène, explique t-il, on n’innove pas, on restaure une partie oubliée du théâtre. On la restaure sans nier naturellement la valeur du verbe. Les lois sont les mêmes, d’ailleurs, dans la diction et le mime. Il y a le déplacement du muscle au lieu du déplacement de la voix. A l’extrémité verbale de la diction existe le poème, comme à l’extrémité de l’expression corporelle existe la danse. Car dans la pantomime, ce n’est pas seulement le visage qui joue, mais le corps entier et jusqu’au moindre cartilage…

Jean-Louis Barrault est si pénétré de son sujet qu’à la Comédie Française, où chacun possède son surnom, ses camarades l’appellent « la Tragédie de la mime ».

JANY CASANOVA

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4 – Pierre Brasseur a ressuscité Frédérick Lemaître

Lorsque Marcel Carné, dit Pierre Brasseur, me demanda d’incarner Frédérick Lemaître dans ce film où l’acteur s’oppose au mime, j’ai vu, dans le sujet qu’il se proposait de traiter, quelque chose qui ressemblait à la lutte du « parlant » et du « muet ». La rivalité artistique entre ces deux géants du théâtre n’ayant pu les départager dans la faveur populaire, ne peut-on conclure que deux formes d’art essentiellement différentes ont également leur raison d’être ?

Comment avez-vous compose le rôle de Frédérick ?
Frédérick Lemaître, je l’ai retrouvé à travers les chroniques du temps et dans les Mémoires de Victor Hugo, ainsi que la façon dont il marchait, dont il mangeait… je me suit efforcé, en tout, de régler mon comportement sur le sien.
Lorsque Frédérick regagne sa loge après la « première » scandaleuse de l’Auberge des Adrets, les spectateurs sentent l’eau leur venir à la bouche. Sur un guéridon, un souper est préparé : pâtés, poulet rôti, friandises de toutes sortes, flacons remplis d’un vin généreux… Rien de tout cela n’est faux, je vous prie de le croire, Marcel Carné laisse à d’autres les accessoires de carton !..
Pour la réalisation de cette scène, plusieurs poulets furent nécessaires, Frédérick Lemaître devant empoigner le volatile et arracher avec ses dents une aile, puis la cuisse, dévorées en donnant ses répliques. Oh ! l’agréable rôle !

La scène fut recommencée, plusieurs fois ; à chaque nouvelle prise de vues, le régisseur, apportait un poulet entier et Pierre Brasseur recommençait de bonne grâce…
Les reliefs de ce festin étaient ensuite apportés dans la loge de l’acteur :
Et le soir, je les partageais avec mes amis machinistes…

Une image du film parmi tant d’autres fait sensation. Cette clairière près d’un lac, dans une aube voilée de brouillard, fait ressentir physiquement la fraîcheur du petit matin. Les auteurs qu’il a offensés attendent Frédérick Lemaître à l’heure fixée pour le duel au cours duquel le comédien sera blessé.
Ce que les gens applaudissent dans cette scène, dit Pierre Brasseur, nous l’avons nous-mêmes ressenti. Artifices, je le veux bien, mais nous étions véritablement dans l’ambiance qui donne à ce passage de la réalisation de Carné son cachet et son atmosphère…
A l’hôtel où nous étions descendus – le type même de l’hôtel de province à une soixantaine de kilomètres de Paris — nos accoutrements firent sensation. J’avais lié connaissance avec un honnête voyageur qui manifestait la plus vive inquiétude au sujet du duel que je devais avoir avec Marcel Herrand avec lequel il me croyait au plus mal, ayant lu dans quelque feuille régionale une information erronée… Le brave homme confondait une fois de plus le cinéma et la réalité en assistant aux préparatifs d’une rencontre à laquelle Lacenaire – c’est à dire Marcel Herrand – ne participe qu’en qualité de témoin.
Le rôle de Frédérick Lemaître vous a-t-il inspiré quelques regrets, quelques désirs ?
Il m’a donné surtout envie de jouer Othello. Si l’expérience faite avec les Enfants du Paradis donnait aux producteurs le gout des films à costumes, j’en serais fort heureux…

Et du film lui-même, que pensez-vous ?
Ce que tout le monde en dit : le plus grand bien. C’est le premier film intéressant basé sur la vie de l’homme et la vie de l’acteur, qui montre l’acteur mettant son expérience humaine au service de son art à l’enrichissement duquel contribuent ainsi largement toutes ses joies et toutes ses douleurs.
J’aime aussi le mélodrame dans tout ce qu’il a d’excessif. Pour le faire admettre, une qualité au moins était essentielle : la jeunesse. La vraie. Celle qui n’est pas une question d’âge. Frédérick Lemaître la possédait au plus haut degré, il la garda jusqu’à sa mort.

R. S.

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5 – Quand Arletty devint Garance

Si Deburau, Frédérick Lemaître et Lacenaire ont vraiment existé, il n’en va pas de même des personnages de Garance, de  Nathalie et du comte Edouard de Montray. Le personnage de Garance est bien l’un des plus jolis qui se puissent voir ! Et comme il convient bien à la nature spirituelle, mais foncièrement simple, d’Arletty qui confiait à son habilleuse la joie qu’elle éprouvait d’interpréter un tel rôle :
— Tu comprends, Micheline, j’en avais marre de jouer « es étranges ».
Garance attire comme la source dont elle a la fraîcheur et la transparence. Elle est femme avec une totale simplicité. Elle est « la femme » qui inspire l’amour, sensuel et léger chez Frédérick Lemaître, cérébral chez Lacenaire, mystique et passionné chez Deburau.
Arletty est elle-même la plus simple des créatures, la plus vivante aussi. Garance est née à Ménilmontant. Arletty a Courbevoie, un 15 mai. Elle y a grandi. On la vit, à Puteaux, petite écolière de la communale que rien ne distinguait de ses compagnes en sarreau noir.

Comment est-elle devenue vedette ?
En commençant par le commencement, en apprenant l’A. B. C. du métier, comme il est d’usage dans la couture ou dans la  mode. J’imagine qu’Arletty, si le théâtre ne l’avait tout de suite accaparée, se fût portée aussi tranquillement et aussi sûrement au premier rang des fées de l’élégance, de cette élégance dont elle est l’expression la plus séduisante.
Au théâtre, on l’a vue gravir la pente, sans à coups, passant de la figuration aux petits rôles et des petits rôles aux plus grands. Sa carrière cinématographique fût plus mouvementée : Débuts dans un premier rôle… Elle retombe pour remonter d’un seul coup au firmament.

« Les Enfants du Paradis » lui ont donné l’occasion de révéler sa vraie nature, profondément sensible. La scène de la loge qu’elle joue avec Pierre Brasseur lorsque Frédérick Lemaître retrouve Garance disparue depuis plusieurs années, Garance transformée en grande dame, mais toujours fidèle à sa jeunesse, à son amour, bouleverse toujours par le spectacle de mélancolie poignante et de résignation offert par cette jeune femme apparemment comblée !
Elle m’aidait beaucoup, dira Pierre Brasseur. Quand elle joue, elle en met un coup… C’est l’ouvrière consciencieuse, amoureuse du travail bien fait.
Elle croit au théâtre comme à la vie. Elle joue toujours franc jeu et cette sincérité si convaincante fait son incontestable supériorité.

Enfin, elle porte la toilette comme pas une. Mince, très bien proportionnée, elle possède encore la grâce et le style. On s’en aperçoit tout au long du film de Carné dont Mayo dessina les costumes. Ceux qu’il a composés pour Arletty sont des merveilles qu’elle met en valeur, qu’il s’agisse de la petite robe au corselet grillagé prolongé par de courtes basques spirituelles, portée avec une écharpe, ou de celle, toute simple, en léger foulard à pois de la première époque, ou bien encore des parures plus recherchées de la maîtresse du comte de Montray, lourdes robes somptueuses, satins et lamés, d’où émergent dans toute leur pureté les épaules admirables, robes vivantes par leur mystère et leur mouvement, dont la plus impressionnante est peut-être la merveilleuse toilette de soirée, blancheur ornée de mots sombres tranchant sur cet éclat, qui sera la robe des noces de Garance, noces au clair de lune, avec son cher Pierrot…
Arletty accorde à son metteur en scène une confiance illimitée. Elle est entre ses mains l’instrument le plus docile non seulement pour ce qui est de l’interprétation proprement dite, mais encore pour la toilette et le maquillage et jusque dans les moindres détails. Marcel Carné a répondu à cette confiance en révélant Arletty a elle-même dans ce rôle de Garance où elle enchante par l’accomplissement de tous les dons de l’artiste et de la femme.

R.F

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6 – Maria Casarès, touchante Nathalie

MARIA CASARES a été présentée comme la révélation des « Enfants du Paradis ». Ce terme, si souvent galvaudé, retrouve, grâce à elle, son véritable sens. Comparée à Réjane pour sa création du rôle de Deirdre dans « Deirdre des douleurs », la jeune tragédienne n’a pas déçu ses admirateurs qui n’attendaient pas sans une secrète appréhension l’épreuve du cinéma, si souvent funeste à la réputation des comédiens. Or, Maria Casarès en est sortie victorieuse, parée d’un éclat nouveau. Ses premiers pas, sons l’égide de Marcel Carné, dans un domaine inconnu où tout l’épouvantait témoignent d’une assurance remarquable.
Elle montrait à ses débuts beaucoup de timidité, la patience la plus touchante et cette bonne volonté qui ne se rencontre que chez les véritables artistes. Ses camarades, rompus aux jeux des studios, l’aidèrent de leur mieux, principalement Jean-Louis Barrault par sa « présence ». Avec lui surtout, Maria Casarès reprenait confiance en elle-même.

Dans le rôle de Nathalie, l’amoureuse obstinée dont l’humble tendresse, la patience et l’abnégation l’emporteront sur tous les charmes dont le souvenir embellit encore l’image de la femme aimée, Maria Casarès éprouve réellement cette émotion qui la transfigure.
La régularité des traits, tout ce que l’artifice peut ajouter de séduction trompeuse à la grâce naturelle sont peu de chose auprès de ce visage pathétique !
L’excessive modestie de Maria Casarès inspirait cette exclamation de la comédienne à la projection qui la révélait à elle-même : « Mais je suis jolie ! »
A l’entendre, c’était un miracle dont l’opérateur Roger Hubert était seul responsable.

Maria Casarès a juré fidélité au théâtre ; le succès qu’elle vient de remporter à l’écran ne la fera pas trahir un serment qui engage sa vie tout entière. D’ailleurs — pourquoi le cacher ? — le cinéma lui apporte ses premières déceptions. Elle lui reproche avant toute chose un gaspillage des forces de l’acteur par l’attente indéfiniment prolongée.
Rien n’est plus fatigant, plus déprimant, soupirait-elle dans sa petite loge où des camarades du théâtre venaient la désennuyer.
Elle leur en était profondément reconnaissante, bavardait avec eux en fumant cigarette sur cigarette, prête à répondre au premier appel du metteur en scène. Coiffée et maquillée depuis son arrivée au studio (vers 7 heures du matin, le tableau de service la désignant « prête à tourner » pour 9 heures), elle attendait encore à 17 heures le moment où l’on aurait besoin d’elle. Attentive à l’ordre de sa toilette, à sa coiffure, elle ne cessait de s’observer, donnant à tous l’exemple de sa conscience professionnelle.
Marcel Carné l’intimidait, comme il intimide presque tous les artistes qu’il dirige… Comme le metteur en scène lui demandait si quelque chose la gênait :
Oui, vous !... répondit-elle avec une sincérité tellement évidente que Marcel Carné ne sut s’il devait rire ou se fâcher.

Les goûts de Maria Casarès s’accordent bien avec sa nature un peu sauvage et si attachante l Elle aime la campagne et l’océan, les vagues et les algues, les côtes sauvages et déchiquetées du Finistère qui rappellent à cette fille de la Galicie son propre pays. Elle est heureuse, immobile sur un rocher, fouettée par les embruns, offrant tout son corps et son visage nu à la rude caresse du vent de mer, se brûlant au soleil qui l’éblouit.
Apres Ces dames du Bois de Boulogne, mon deuxième film dans lequel j’ai un rôle très important, je n’attends que la dernière représentation de Federigo pour retrouver tout cela.
Si Maria Casarès n’a pas renouvelé son contrat avec le théâtre des Mathurins, son refus n’est que l’expression d’un ardent amour de la liberté.

R.F

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7 – Marcel Herrand, Lacenaire

Lacenaire – le vrai – était l’aîné d’une famille de treize enfants. Ce fils d’un négociant lyonnais « qui avait eu des malheurs » commença par être un bon collégien. Ses débuts à Paris dans la représentation commerciale ne témoignèrent pas de dispositions particulières. Il ne devait du reste pas tarder à renoncer à cette activité pour exercer la profession d’écrivain public, plus compatible avec ses goûts littéraires. De menus larcins le conduisirent a l’escroquerie : il avait trouvé sa voie. Mais cela ne lui suffisait pas, Lacenaire avait la vocation du crime. Mis en goût par un premier assassinat, il projeta de tuer l’un des encaisseurs qu’on voyait circuler à travers Paris, lesté d’une sacoche bien remplie. L’exécution de ce projet échoua à plusieurs reprises. L’entêtement de Lacenaire eut pour conséquence l’arrestation de celui qu’on avait surnommé le « dandy du crime ».
Ce tueur avait, il est vrai, une allure qui sortait de l’ordinaire ; l’un de ses contemporains l’a peint : « Les traits assez fins et distingués, la lèvre ironique, toujours prête à décocher quelque sarcasme. »
De l’estomac et des ambitions poétiques lui conféraient une manière de popularité. Les dames du meilleur monde se disputaient ses portraits, ses autographes. Bizarre engouement ressemblant fort, par ses manifestations, à celui qu’ont inspiré certaines vedettes.
Celui qui en était l’objet soignait son personnage et sa légende. On le vit marcher sans défaillance à l’heure fixée pour son exécution à laquelle il s’était préparé, vers la butte où la guillotine était dressée.

Assassin photogénique, grand amateur de théâtre, ceux du boulevard du Temple l’attiraient. A-t–il connu Deburau et Frédérick Lemaître ? La chose est probable, sinon certaine. Jacques Prévert et Marcel Carné n’ont pas hésité. Grâce à eux Lacenaire connait aujourd’hui la gloire véritable. Grâce aussi à Marcel Herrand auquel, par réciprocité, ce rôle de Lacenaire apporte une consécration qu’on s’obstinait à lui refuser.
Sombre silhouette trapue, éclairée par le jabot et les manchettes d’une blancheur éblouissante, Lacenaire ressuscité a retrouvé toute la cupidité, l’incommensurable vanité, toute la cruauté aussi, qui sont la marque de sa personnalité. Le regard indéfinissable de ses petits yeux; sa moue désabusée, un air d’implacable férocité font de la composition de Marcel Herrand un portrait d’une ressemblance évidente.

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8 – Louis Salou, comte de Montray

On peut affirmer que l’acteur chargé de ce rôle délicat a su, par sa mesure, son tact et la dignité de son interprétation, sauver le personnage du ridicule dans lequel un comédien ne possédant pas cette classe n’eût pas manqué de le précipiter.
Sa passion pour Garance l’expose à des situations périlleuses dont il se tire avec honneur ; sa confusion lorsque Lacenaire, qu’il vient d’humilier, tire vengeance de l’affront en révélant publiquement son infortune, n’affecte pas un instant l’aisance du grand seigneur blessé au vif dans son amour propre. La déclaration de Montray dans la loge du théâtre des Funambules, au court de laquelle il s’embarrasse an point de perdre le fil de son discours, tandis que Garance le raille ; la scène du boudoir où s’opposent !’amour véritable et ce curieux mélange d’orgueil et d’égoïsme qui se prend pour une forme de l’amour ; la scène de la loge où le comte met une fois de plus sa maîtresse à la question, voyant une allusion dans chaque réplique d’Othello incarné par Frédérick Lemaître ; la scène du foyer lorsqu’il provoque Frédérick et, fatale imprudence, fait humilier Lacenaire par deux de ses amis, sont autant de réussites. Il faut cependant mettre à part, au sommet de l’interprétation, la rencontre – dans l’escalier monumental de l’hôtel de Montray – de l’assassin Pierre-François Lacenaire avec celui qu’il a choisi pour prochaine victime. Par la seule maîtrise de soi, Montray garde constamment l’avantage sur le « dandy du crime » que ce calme exaspère.
L’autorité sans éclats du jeu de Louis Salou prend ici un relief extraordinaire.

Portant le costume avec une élégance de bon ton et de raffinement dans la distinction à quoi se reconnait la « race », Louis Salou est l’homme des contrastes. Nous l’avons retrouvé, pendant qu’il tournait sous la direction du metteur en scène Christian Stengel L’Assassin chantait, complètement méconnaissable. Le comte Edgar de Montray s’était transformé en vagabond… Hirsute et barbu, le témoin Tolu – personnage important dont il convient de tenir compte – n’est qu’un savant obscur et tatillon, d’aspect minable, aux vêtements étriqués, usagés, dénonçant l’abandon ; il porte des bottines jaunes – de quel jaune lumineusement agressif, qui fait regretter que le film ne soit pas en couleurs. Simple détail – et trouvaille d’une composition des plus réussies dans laquelle Louis Salou s’affirme, une fois de plus, un très grand artiste

 

 

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9 – Comment le Boulevard du Crime fut reconstitué à Nice

La grande affiche des « Enfants du Paradis » devant laquelle, dans chaque station de métro, se tient un rassemblement, représente le boulevard du Crime le jour du Carnaval.
Ce décor est un des plus prodigieux qu’on ait jamais édifié pour servir à des prises de vues. Par ses proportions gigantesques, par sa construction, par la perfection de sa réalisation, il n’a pas fini de susciter l’étonnement et l’admiration des spectateurs, même les plus blasés.
A la base de ce travail, on trouve la recherche et l’utilisation de tous les documents possibles et imaginables. Les décorateurs Barsacq et Gabutti consultèrent d’innombrables estampes et gravures de l’époque où ils puisèrent abondamment, non sans opérer toutefois la sélection qui s’impose toujours en matière d’Art. Ainsi furent reconstitués dans leur aspect original, non seulement le boulevard du Crime, mais encore les théâtres où Frédérick Lemaître et Deburau ont établi leur réputation.

Le boulevard du Crime fut construit en plein air, aux studios de la Victorine à Nice. 35 tonnes d’échafaudages apportées de Paris fournirent l’ossature de plus de cinquante façades de théâtres et de maisons dont le revêtement ne nécessita pas moins de 350 tonnes de plâtre sur 3.000 mètres carres de « canisse ». Pour équiper 300 fenêtres, on trouva avec les difficultés qu’on imagine 500 mètres carres de vitres.
La profondeur du décor, supérieure à 150 mètres, est augmentée par une maquette complétant admirablement cet ensemble impressionnant dans lequel évoluèrent plus de 1.500 figurants !
Précédant la construction sur un terrain qui avait une pente de 4 %, le déblaiement de 800 mètres cubes de terre occupa plusieurs équipes de terrassiers ; 2 spécialistes, charpentiers de la capitale, mirent en place les échafaudages. Ce fut l’affaire de 40 jours seulement. 15 menuisiers travaillèrent d’arrache-pied pendant 90 jours, 50 machinistes et un nombre égal de staffeurs pendant 60 jours, 20 plâtriers pendant 45 jours. On évalue à 67.500 heures de travail l’ensemble de la main-d’oeuvre.
Le pavage du boulevard et des ruelles adjacentes — certaines construites sur une grande profondeur, de manière à permettre l’exécution des travellings — fut exécuté à l’aide de plaques moulées sur une superficie d’environ 2.000 mètres carres. La mise en place de ces plaques demanda huit jours de cylindrage… Enfin, plusieurs dizaines d’arbres avec leurs racines furent transplantés dans le terrain, rendant au boulevard du Crime l’aspect qui fut le sien vers 1827.

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Quand ce fut terminé, quatre peintres en lettres prirent possession du décor pour y tracer, dans le style de l’époque, des inscriptions qui nous remplissent aujourd’hui d’étonnement et de mélancolie :
« Bains du boulevard, ici, 0 fr. 25 ; à domicile, 0 fr. 35. » (Un luxe ! ) Ou : « Restaurant des oublis : plat du jour, bouillon et boeuf ; prix fixe 0 fr. 35… »
Plus loin, sur la devanture d’une boulangerie : « Pain chaud à volonté, 0 fr. 10 par personne… »
Ainsi, les figurants participant aux prises de vues, sur le boulevard sillonné de calèches conduites par des cochers en livrée, purent-ils vraiment se croire revenus au bon vieux temps, et cela d’autant plus facilement que, soigneux des moindres détails, Carné avait fait installer au coin des rues des marchands de pommes de terre frites ou d’oublies parfaitement comestibles !

Le décor du Grand Théâtre occupait le plus grand des studios Pathé-Cinéma de la rue Francoeur. Son poids n’était pas inférieur à 90 tonnes et son coût, au million.
Frédérick Lemaître, ressuscité par Pierre Brasseur, y créa « l’Auberge des Adrets » avant d’y monter « Othello ». La scène était construite en prévision de rapides changements de décors. Quant à la salle, ses velours et ses ors en faisaient l’écrin d’une assistance choisie.
Plus pittoresque, le théâtre des Funambules — qui remplaça le Grand Théâtre, reconstituait avec une exactitude rigoureuse le temple de la Vieille Pantomime, palais d’un roi de Paris, « l’Homme Blanc », créé par Deburau.
Scène, fosse de l’orchestre, parterre et loges, galeries, paradis, rien n’y manquait. C’est une admirable réussite et qui montre de quoi est capable la production française lorsqu’il lui plait de mettre en oeuvre des moyens dont l’ampleur exceptionnelle n’implique pas le renoncement à la mesure et au bon goût qui la caractérisent.

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Nous n’avons cité que les décors les plus importants, mais il faudrait, pour être juste, faire une place à chacun de ceux qui ont permis à Marcel Carné de tourner chaque scène dans le cadre le mieux approprié, contribuant à donner au film sa variété dans l’unité d’une composition magistrale.
Il faudrait citer la grande salle du « Rouge-Gorge », la taverne mal famée, le luxueux hôtel du Comte de Montray, les Bains Turcs, d’autres décors encore.
Le cinéma français tout entier peut s’enorgueillir de cette production d’une perfection achevée où s’affirment à chaque instant la liberté d’inspiration et la personnalité de l’auteur.
RENE SARTER.

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10 – Au temps des Enfants du Paradis

CARNAVAL 1827
Les Niçois ont eu leur Carnaval en 1944. Pas dans leur bonne ville de Nice où sa présence n’eût pas été tolérée par les autorités d’occupation, mais aux studios de la Victorine, en l’an présumé 1827, dans le film de Marcel Carné.
Un stock de confettis découvert par hasard chez un commerçant a permis à S. M. Carnaval 1827 de faire bonne figure dans l’allégresse générale d’une figuration recrutée sur place.
La foule, sautillant et gambadant, avait reçu des renforts : la troupe des mannequins bourrés de son qui figurent à l’arrière-plan. Tous ces corps, animés par un système de ficelles qui leur imprimait des mouvements désordonnés, offraient un spectacle hallucinant !

AVIS AUX ARTISTES
La loge des artistes du théâtre des Funambules offre aux yeux le spectacle d’un désordre des plus pittoresques où les comédiens semblent se plaire.
Au-dessus de la glace devant laquelle se maquille Garance, on peut lire cette recommandation : Messieurs les artistes sont priés de ne pas utiliser l’huile des quinquets pour se démaquiller.
Déjà la crise des matières grasses !…

FOYER-BUFFET
Pour habiller de costumes d’époque et maquiller plusieurs centaines de figurants des deux sexes, il avait fallu réquisitionner et transformer en loges des locaux voisins des studios de la rue Francoeur où Marcel Carné tournait « Les Enfants du Paradis ».
Une légère passerelle, spécialement construite , reliait ces loges au plateau. Le va-et-vient des figurants priés de ne pas s’absenter pendant les prises de vues et de se tenir constamment à la disposition du metteur en scène qui pouvait avoir besoin d’eux à tout moment, ne cessait pas de la journée…
Le studio du bas, provisoirement inemployé, avait permis la constitution d’un foyer de la figuration. Il y régnait la plus joyeuse animation dans le brouillard de la fumée des cigarettes ; à l’heure du déjeuner ou du goûter, des commerçants improvisés réalisaient des affaires d’or en vendant un bon prix sandwiches et rafraîchissements à consommer sur place…
Et ce spectacle-la ne manquait pas non plus de couleur et de pittoresque !…

LE DOYEN D’AGE DANS « LES ENFANTS DU PARADIS .
Le doyen des acteurs qui ont tourné dans « Les Enfants du Paradis » est un contemporain du mime Deburau et de l’acteur Frédérick Lemaître.
Jacquot, c’est le nom affreusement banal du perroquet compagnon du faux aveugle Fil de Soie, incarné par l’acteur Gaston Modot qui l’avait pris en grande amitié.
Marcel Carné n’aimait pas moins cet acteur d’une docilité et d’une conscience exemplaires.

LES FUREURS DE MARCEL CARNE
Tandis qu’il tournait au théâtre des Funambules les scènes du « Paradis », Carné sentit la fureur le gagner devant l’indifférence manifestée par quelques figurants de métier.
Une femme surtout l’exaspérait, qu’il apostrophait de la scène où se trouvait la camera.
Le ton montait, montait. Pourtant la femme paraissait ne rien entendre. Son voisin lui pinça le gras du bras :
— Dis donc, je crois que c’est à toi qu’il en a…
Elle condescendit enfin à regarder le réalisateur, tout rouge et vociférant. Et, d’une voix aux intonations faubouriennes, laissa tomber ces simples mots :
— Eh bien ! quoi, vous ne pouviez pas le dire sans vous mettre en colère !
Carné, devenu subitement aphone, fut dans l’impossibilité de lui répondre.

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