1938 – l’article paru dans Cine-Miroir


LE QUAI DES BRUMES (1938)
Ciné-Miroir – 04 mars 1938 n°674

Ce numéro 674 de Ciné-Miroir est daté du 04 mars 1938, il est bien évidemment très rare.
Notons que l’article est entièrement centré sur Gabin après son succès dans La Bandera de Julien Duvivier et que la réalisation est signé du « jeune metteur en scène Marcel Carné ». A L’époque Carné n’avait tourné que Jenny et Drôle de Drame qui avait été un bide retentissant.

– Ce numéro m’a été aimablement prêté par le collectionneur J-M Thibault

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JEAN GABIN, comme on sait, a tourné au Havre les extérieurs de Quai des brumes, le film qu’il a achevé sous la direction du jeune metteur en scène Marcel Carné. Dans son rude langage, Jean Gabin disait récemment :
J’ai l’impression que ce sera un film épatant.

On peut avoir confiance. Ce que Jean Gabin ne dit pas, c’est que rien n’a altéré sa bonne humeur pendant son séjour au Havre ; ni le froid, ni la pluie n’ont paru le gêner. D’ailleurs, ce qui l’a réchauffé certainement, c’est l’accueil qu’il a reçu de la population havraise, heureuse de voir un de ses artistes favoris. Un jour que Gabin jouait une scène sur le port, devant un café à l’enseigne du « Rendez-vous des Matelots », il fut reconnu par des dockers, qui l’obligèrent à se réfugier dans l’autocar qu’ils commencèrent à assiéger et ils ne le laissèrent partir que lorsque chacun d’eux fut monté dans la voiture pour lui serrer la main.

On raconte encore au Havre que Jean Gabin, en soldat colonial, le képi en bataille, la veste déboutonnée, se trouva nez à nez dans le hall de l’hôtel avec le colonel commandant le régiment du Havre et celui-ci commençait à rappeler sévèrement à l’ordre le soldat, quand il reconnut Jean Gabin ; alors, au lieu de lui demander son nom et son matricule, il se contenta de sourire et, pour un peu, il l’aurait félicité de sa mauvaise tenue.
Si Jean Gabin est si près du public, s’il a été adopté par lui, dès qu’il parut à l’écran, c’est parce qu’il est un comédien naturel, d’une sympathie communicative, d’un entrain étonnant, qui montrent bien qu’il est un enfant de la balle. Il est, en effet, le fils d’une chanteuse et d’un père comédien, qui tous deux, firent au théâtre une carrière très honorable. Jean Gabin commença par être chanteur. Tout jeune, il s’échappa de la maison paternelle pour gagner sa vie, et les directeurs des cafés-concerts de l’époque ne lui avaient pas ouvert les portes avec facilité. Mais ils avaient affaire à un garçon têtu, et celui-ci fut engagé à dix-sept ans à la Cigale, à vingt ans au Palais-Royal, et, pendant plusieurs années, il tint un grand nombre de rôles aux Bouffes-Parisiens.

Son premier succès au cinéma, où il parut sous l’uniforme d’un légionnaire, mais espagnol cette fois, fut La Bandera. Depuis longtemps Jean Gabin et Julien Duvivier admiraient le beau roman de Mac Orlan et rêvaient de le transposer en images vivantes ; à eux deux, ils avaient acquis les droits d’adaptation du livre et, pendant deux ans, ils offrirent le sujet à tous les producteurs. Tous le refusèrent. On sait quel triomphe remporta Jean Gabin dans ce rôle ! Ce fut lui qu’on chargea de présenter le film en province. Il faut entendre Gabin raconter l’histoire ; il le fait avec sa gaîté coutumière et son esprit d’à-propos.
C’était la première fois que j’essayais ce boulot et j’avais un peu le trac. Car, si j’ai l’habitude du public comme acteur, je ne suis pas précisément orateur et j’avais la gorge serrée ; enfin, ça c’est très bien arrangé. Pierre-Mac Orlan est venu à mon secours, très gentiment : c’est lui qui a fait tous les discours ; moi, je me suis contenté de dire aux Rouennais ce qui me passait par la tête… Je leur ai parlé de leur équipe de football, dont ils sont fiers à juste titre ; je leur ai dit que je venais pour la première fois dans leur ville que je trouvais sympathique et eux aussi… et puis, c’est tout : ils sont vraiment chic, ils ne m’ont pas emboîté.

Le Quai des brumes est également tiré d’un roman de Mac Orlan, mais je crois bien que le romancier n’aura pas, cette fois, à soutenir le comédien : Gabin réussira tout seul.

Claude Bernier.


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