La restauration DVD des Visiteurs du soir (interview exclusive d’O. Pruvost)

 

La restauration en DVD des VISITEURS DU SOIR (2009)

L’édition Prestige double DVD des Visiteurs du soir est sortie le 12 novembre 2009 chez SNC/M6 Vidéo.

À la veille de cette sortie tant attendue par les amateurs depuis de nombreuses années, nous avons voulu savoir comment s’est déroulée la restauration d’un tel classique.

Cet article est basé sur un entretien avec Olivier Pruvost (Filmo) qui a supervisé cette restauration.

Bonne lecture.

Remerciements à Ellen Schafer, Emmanuelle Sterpin et bien évidemment à Olivier Pruvost.

1 – LA RESTAURATION DES VISITEURS DU SOIR EN 2K
2 – LE MAUVAIS ÉTAT DU NÉGATIF ORIGINAL DES VISITEURS DU SOIR
3 – LE MARRON SAFETY DES VISITEURS DU SOIR
4 – LA RESTAURATION DU SON DES VISITEURS DU SOIR
5 – LES VISITEURS DU SOIR EN COPIE DCP
6 – CONCLUSION
7 – LES VISITEURS DU SOIR, VU PAR OLIVIER PRUVOST
8 – LIENS TECHNIQUES

Tous les photogrammes suivants sont sous copyright © 2009 SNC/M6 Vidéo

 

Dernier classique de l’équipe Carné/Prévert à n’avoir pas été édité en DVD, Les Visiteurs du soir sort donc enfin le 12 novembre 2009.

Il se sera écoulé vingt ans depuis l’édition en VHS que René Chateau sortit dans sa fameuse collection « Mémoire du cinéma français ». Alors qu’il avait été diffusé régulièrement dans les décennies précédentes à la télévision, ce grand classique a fini par disparaître de nos écrans. La dernière diffusion TV date du mois d’avril 2006 sur la chaîne Ciné Classic.

Le matériel de tirage et de diffusion des Visiteurs du soir s’étant détérioré avec les années, il était grandement temps de s’attaquer à la restauration du film.

Cela fut fait à l’hiver 2008 et c’est Olivier Pruvost, de la société Filmo (qui travaille régulièrement avec le groupe SNC/M6 Vidéo), qui fut chargé de la restauration de ce classique du cinéma français.

Nous l’avons rencontré au début du mois de mai 2009 alors que la restauration des Visiteurs du soir s’achevait après six mois épiques.

 

1 – LA RESTAURATION DES VISITEURS DU SOIR EN 2K

Ainsi, Les Visiteurs du soir fait partie des films ayant bénéficié d’une restauration numérique en 2K, tout comme Orphée de Jean Cocteau, queSNC/M6 Vidéo a sorti à l’automne 2008 (ce sont au total plus de huit films qui ont été restaurés en 2K par SNC), alors qu’auparavant les restaurations des vieux films se faisaient en HD. En effet, jusqu’à il y a encore peu de temps, il n’était pas envisageable en Europe d’effectuer des restaurations complètes de films en 2K.

Contrairement au 2K, la « fenêtre » du HD va être particulièrement adaptée à certains formats de films, comme nous l’explique Olivier Pruvost : « Le HD est bloqué dans une fenêtre 1920 x 1080 pixels, ce qui correspond au format 16/9 de la plupart des téléviseurs maintenant. C’est-à-dire que les formats les plus adaptés pour le HD sont le 1.85 et le 1.66, car il y a peu de pertes en image utile sur les côtés (haut/bas ou droite/gauche). Mais dans le cas de films comme Les Visiteurs du soir (en 1.37) ou de films en Cinémascope, il y a beaucoup de pertes d’images à cause de tout ce noir qui entoure l’image. Il y a donc une perte dans la résolution maximale de 1920 x 1080. La géométrie du 2K est exempte de géométrie fixe de départ, elle s’adapte ainsi mieux à la fenêtre utile de l’image. »

 

Pour que vous compreniez mieux de quoi parle Olivier Pruvost, il faut savoir que la définition de la HDTV est 1920 x 1080 en 16/9 alors qu’un 2K fait 2048 x 1536 pixels ! qui sont répartis dans la géométrie voulue, théoriquement, il n’y a au maximum que 1/3 de résolution en plus. Au final c’est plus que 1/3 dans la mesure où le 2K s’adapte au format de l’image, sa géométrie changeant en fonction du fait que l’on soit en 1,37 ou scope (pour prendre les extrêmes). Et la technologie permet aussi de fournir des éléments en 4K donc 4096 x 2160… (Une restauration 8K de Lawrence d’Arabie est même en cours selon ce lien).

Mais ce n’est pas tout.
Depuis à peu près quatre ans les consoles d’étalonnage 2K ne sont plus linéaires mais logarithmiques.
Cette richesse de l’information logarithmique est présente dès le scan, comparativement au télécinéma HD, puis est conservée tout au long de la chaîne de postproduction. Le traitement logarithmique de l’information va permettre à la fois d’avoir une information plus riche de l’image (lors du scan), mais aussi plus de puissance et de latitude lors de l’étalonnage. Ainsi, « nous aurons beaucoup plus d’informations dans les détails, dans les noirs, les hautes lumières également ». Et pour un film comme Les Visiteurs du soir c’est important, car la pellicule comme nous allons le voir avait beaucoup souffert et la restauration en 2K a permis de récupérer des détails dans l’image et de mettre en valeur le travail remarquable effectué par le chef opérateur du film Roger Hubert.

Grâce au 2K, « nous aurons une possibilité d’intervention au niveau de l’étalonnage qui va être beaucoup plus fine et ne touchera qu’une partie du spectre de l’image sans toucher au reste. Alors que nous sommes beaucoup moins souples en HD où le fait de toucher au noir va affecter les niveaux du blanc en même temps. Nous arrivons même à retrouver de l’information dans le noir alors qu’en linéaire (donc en HD) on ne voit rien ! »

 

C’est donc d’autant plus important sur des films plus anciens qui ont vieilli, qui plus est tournés en noir et blanc. « Il est plus difficile d’étalonner des noir et blancs car il n’y a que du gris, du noir et du blanc bien sûr. Il n’y a donc pas de couleurs sur lesquelles on peut jouer. Le problème surtout est d’avoir des équilibres au niveau des peaux. Quand vous avez un niveau de gris sur une peau, il faut que cela reste à peu près cohérent dans la même séquence. Sauf que l’on ne peut pas faire de sélection dans le gris ! On ne peut pas jouer sur beaucoup de paramètres, c’est donc plus difficile d’avoir une même cohérence dans une même gamme de gris.

Pour exemple, Les Visiteurs du soir a été tourné durant la guerre.
Les pellicules utilisées étaient très variables dans le résultat obtenu. Les conditions de tournage et d’éclairage doivent composer avec le fait de tourner une scène qui est supposée durer cinq minutes en continu, avec des lumières naturelles, différentes tout au long de la journée. Le talent du chef opérateur va être important, et dépendra de la qualité de la caméra et des optiques utilisées, mais aussi des bains de développement… Ces paramètres sont encore existants aujourd’hui, et posent pas mal de difficultés, mais nous disposons de matériel moderne avec d’excellentes optiques, de pellicules très performantes en définition et en sensibilité, d’éclairages stables (a contrario des éclairages à arc), de laboratoires à la pointe de la chimie ; de plus nous ne sommes pas en guerre…
»

 

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2 – LE MAUVAIS ÉTAT DU NÉGATIF ORIGINAL DES VISITEURS DU SOIR

Mais ce n’est pas le seul souci auquel a eu affaire Olivier Pruvost pour la restauration des Visiteurs du soir.

Le film a été tourné en 1942. La pellicule était ce que l’on appelle le « film nitrate » ou « film flamme », car il a la particularité « de s’enflammer dès que sa chimie devient instable ou qu’une source de chaleur l’active. Lorsque le film flamme brûle, il n’y a aucun moyen pour l’éteindre ». Cette utilisation perdurera jusque dans les années 50 où il fut remplacé par le film sécurit ou Safety.

Pour ce film, tous les éléments d’origine en nitrate étaient stockés aux Archives françaises du film à Bois-d’Arcy. « Cela concerne l’image du film avec son négatif nitrate ainsi que les négatifs son en version originale française (VF)… Dans un premier temps, il a fallu rassembler les différents éléments images et son dans un même lieu, afin d’en effectuer un inventaire. Puis dans un deuxième temps… sélectionner les meilleurs éléments théoriquement susceptibles de servir pour la restauration. »

 

Malheureusement le négatif nitrate d’origine ainsi que le marron safety (c’est-à-dire une copie du film tirée vraisemblablement au début des années 60 lors de la ressortie du film) n’étaient pas en très bon état. « Le marron safety contenait une trentaine d’accidents majeurs en moins que le négatif. » En effet le négatif nitrate, comportant de nombreux accidents et des plans contretypés (provenant de copies du film), « a servi à tirer avant les années 50 des copies nitrate et, après les années 50, un marron safety. Tous les autres éléments safety existants sont issus du marron safety. Et depuis, le négatif nitrate a subi différents accidents supplémentaires à ceux photographiés dans le marron safety ».

Olivier Pruvost l’explique ainsi : « Il y a de fortes chances que le négatif original nitrate ait servi à tirer des copies qui ont été utilisées jusqu’à la fin de la guerre et au début des années 50, du moins jusqu’à ce qu’on ait retiré le marron safety. Ce qui expliquerait l’état fatigué du négatif. D’ailleurs la copie nitrate qui a été comparée aux autres éléments reprend globalement les défauts qui sont communs au négatif et au marron comme les cassures. Actuellement il n’y a pas de traces de marron nitrate ou de contretype nitrate. Cela veut dire que peu de temps après le montage du négatif et le tirage de quelques copies avant la fin de la guerre, le négatif nitrate a subi de nombreux dégâts. Il a dû y avoir peu de copies en bon état ! Le film a dû être accidenté très rapidement après sa sortie en décembre 1942. »

Et chose étonnante, dans le négatif ils ont même trouvé des séquences contretypées (donc des copies de plans dans le négatif original !). En effet, « quand le négatif est utilisé directement pour le tirage des copies, c’est sur les premières bobines que ça casse, et souvent ça s’arrange à partir de la deuxième ou troisième bobine. La preuve, c’est que j’ai beaucoup de plans contretypés dans les premières bobines et moins dans les autres, qui ont en plus une définition d’image vraiment supérieure. J’ai noté aussi parfois des petits soucis d’éclairement, comme s’il y avait eu des flashages lors de la prise de la scène, telle une fuite au niveau de l’œilleton ».

 

Malgré le mauvais état du négatif, il est décidé de faire un nouveau tirage en immersion sur film polyester de l’élément original. La particularité de ce tirage (en opposition au tirage à sec sur les premières pellicules noir et blanc safety en usage à l’époque) est de « générer de manière certaine une image de définition équivalente à la source négative (du fait de l’utilisation de cette nouvelle pellicule, ce qui était plus aléatoire à partir des premières pellicules safety). De plus, le tirage en immersion permet d’obtenir une image plus propre et exempte d’un certain nombre de défauts physiques présents sur le négatif… Pour permettre le tirage d’un nouveau marron, le négatif image a été totalement repris au niveau des réparations existantes qui ont été totalement refaites, ce qui a rallongé le délai prévu. »

Les premières bobines arrivent du laboratoire début janvier 2009 et Olivier Pruvost est « catastrophé » quand il voit que le résultat n’est pas exploitable.

« Le film négatif était très gondolé à cause du support qui a mal vieilli donc trop souple, de plus les anciennes collures de montage passaient très mal. Au final, l’image du côté gauche était particulièrement floue et du côté droit avait un piqué incertain. Tous les changements de plans généraient des déformations énormes de l’image. Avec un an devant nous, nous aurions pu peut-être espérer trouver le moyen de faire un tirage un peu plus optimisé. Mais pour ça il aurait fallu passer par un grand nombre de tests et certainement envoyer le négatif à l’étranger dans d’autres laboratoires avec le risque toujours possible de le détériorer définitivement… Le film négatif est très fragile. Nous ne pouvions pas espérer faire quelque chose qui soit réellement exploitable à partir de ce négatif. De plus nous devions, malgré tout, utiliser en parallèle le marron de l’époque pour compléter les plans abîmés. »

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3 – LE MARRON SAFETY DES VISITEURS DU SOIR

La seule solution est de repartir du marron safety ; cette copie qui daterait du début des années 60 et qui est « à la fois nette, correctement définie, en meilleur état général que le négatif, mais qui n’est pas très propre, en raison de son tirage à sec effectué à l’époque. Tout en sachant que nous aurons une charge de restauration image plus importante concernant la propreté générale (à cause des petites poussières et des petites écorchures sur la pellicule). Le scan 2K de l’ancien marron est donc refait entièrement pour la deuxième fois (la première fois, seules certaines séquences avaient été scannées pour compléter le nouveau tirage attendu, issu du négatif nitrate). L’étalonnage est effectué en projection 2K durant une semaine. Puis les transferts de data sont ensuite effectués pour la restauration image ».

Lorsque Olivier Pruvost parle de data, donc des données numériques du film étalonné, il faut comprendre que « le film fait à peu près 2 To en data 2K. Toutes les manipulations sont compliquées et longues (à cause du transfert des données). Si le laboratoire possède une ligne dédiée rapide, il faut néanmoins compter entre huit et douze heures pour toute manipulation ! Et quand le film est « renderisé » à l’étalonnage, vous avez donc 2 To non étalonnés + 2 To étalonnés. Si vous faites des corrections de cadrage par exemple, c’est à nouveau 2 To ! C’est tout de suite l’usine à gaz ! Surtout que plusieurs sociétés travaillent dessus à la suite et souvent sur des machines différentes ainsi que dans des sites différents. Autrement dit, s’il faut revenir en arrière pour la moindre correction, c’est tout de suite un gros problème. C’est pourquoi chaque étape doit donc être validée avant de passer à la suivante ».

 

Revenons-en à la restauration image à partir de ce marron safety. Comme Olivier Pruvost nous l’explique, celle-ci s’est effectuée en trois étapes : « Premièrement, il a fallu traiter les poussières, le grain et les pompages à l’aide de l’antiscratch 2K ; puis dans un deuxième temps, au travers d’outils de palette ou MTI 2K, gérer les cassures et autres défauts. Finalement, nous avons pu traiter le manque d’images ou des gros défauts qui pouvaient nécessiter du compositing ou du trucage 3D au travers de Flame, (Flame étant un outil révolutionnaire de traitement d’effets visuels. NDLR). Ce travail seul a pris plus de quatre semaines pour quatre à six personnes. En effet, la première bobine de 300 m va nécessiter après le 1er traitement environ 2 000 points de palette avant d’attaquer les gros défauts de la phase 2 et de la phase 3 ! »

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4 – LA RESTAURATION DU SON DES VISITEURS DU SOIR

En parallèle s’est effectuée la restauration du son.
Nous avons tous en mémoire ce film avec ses gros problèmes de sautes de son, de souffle masquant certains dialogues, etc. Et lorsque l’on écoute cette restauration finale, il n’est pas exagéré de penser que jamais depuis la sortie du film en décembre 1942, il n’a été possible d’entendre aussi bien ces Visiteurs du soir.

D’ailleurs cette restauration sur le plan sonore a permis d’élucider un mystère.
En effet, la fameuse revue L’Avant-Scène consacrée aux Visiteurs du soir (datant de février 1962) a publié un scénario incluant plusieurs scènes du film qui ne figuraient pas dans la version que nous connaissions. Est-ce que cette restauration allait permettre de les retrouver ?

Malheureusement, il semble que ces scènes, si elles ont été tournées, n’ont jamais figuré dans le montage définitif du film tel qu’il est sorti en salle dès décembre 1942. La meilleure preuve en est apportée par le négatif nitrate son original, celui de 1942. « Le négatif son original a été tiré d’une traite et il est complet. Il n’y a pas de son supplémentaire qui pourrait correspondre à des scènes manquantes dans le négatif image par exemple, ce qui nous conforte d’autant plus par rapport au fait d’avoir l’intégralité de l’image. »

 

Il a donc fallu refaire un tirage positif son pour pouvoir le traiter, ce qui n’a pas posé de problèmes. Ils ont remarqué que le report optique (sous la direction de l’ingénieur du son Jacques Lebreton qui a travaillé sur La Belle et la Bête de Jean Cocteau par exemple) comportait « un très bon timbre de voix recouvert d’une couche de souffle saupoudré de plops multiples, ceci étant certainement dû au procédé Western Electrique qui était utilisé à l’époque sur de nombreux films ».

Pour conserver ce timbre de voix remarquable, il a fallu faire un « déplopage » manuel. « Pour le souffle, ce fut un plus long travail de recherche, car il se met dans les médiums et les aigus. Là où justement se trouvent les voix ! »

Olivier Pruvost nous explique donc que la différence avec ce que nous avons connu du film est énorme, comme nous l’avons constaté avec un extrait vidéo comparatif qu’il nous a fait parvenir. Le filtrage a donc été optimal mais ils ont tenu à préserver un minimum de souffle, car il permet de conserver une présence. Ce travail sur le son est très important, insiste-t-il, car « quand les moyens sont limités pour la restauration image qui généralement est très lourde, il faut se donner les moyens de faire une restauration cohérente sur le son, parce que le son va ouvrir la dimension de l’image. Il va rendre l’image intelligible. Si le minimum est fait sur l’image, ensuite c’est le son qui va apporter le complément. Parce que si l’on comprend ce qui se passe, on voit ce que l’on entend. Et en général, sur ce genre de films, les dialogues étaient bien écrits et bien prononcés, ça veut dire qu’à un moment donné le son va soutenir l’image quand elle a des difficultés, c’est essentiel. L’idéal est d’avoir une cohérence entre le rendu de la restauration audio et le rendu de la restauration image. C’est ce que nous avons obtenu sur la restauration des Visiteurs du soir, un équilibre entre restauration image et son ».

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5 – LES VISITEURS DU SOIR EN COPIE DCP

La restauration des Visiteurs du soir aura duré à peu près six mois.
De manière à préserver le film et le pérenniser dans son nouvel état, les fichiers 2K vont servir à la création de masters HD et de betas numériques, ce qui signifie que ces masters numériques pourront éventuellement servir à une sortie ultérieure au format blu-ray

D’autre part, plusieurs manipulations vont être faites pour « tout mettre en œuvre pour conserver les matériels existants et conserver les matériels restaurés. Ceci pour que les prochaines générations puissent découvrir ces œuvres témoins et reflets d’une époque ». Ces conservations vont concerner les audio numérisés (non restaurés et restaurés) tout d’abord, les images 2K scannées ensuite (non restaurées et restaurées), puis les éléments 35 mm (anciens tirages image et/ou son et nouveaux tirages et shoots).

 

Il est également prévu de créer un shoot (c’est-à-dire un nouveau négatif image, permettant le tirage de nouvelles copies 35 mm), mais aussi de générer un DCP (Digital Cinema Package) qui correspond à une copie pour projection numérique sur grand écran comme nous le rappelions au début de cet article.

Le DCP est donc une copie numérique à la norme JPEG 2000 en résolution 2K, et pourra être utilisé pour une diffusion en salles du film dans des conditions optimales, tant pour l’image que pour le son.

En effet, Olivier Pruvost nous apprend qu’en projection, pour un film en 35 mm (la norme standard), la projection va être assujettie à l’optique du projecteur, à sa distance à l’écran et aux cache-projecteur disponibles en salle de projection. « Un film en 1.37, comme Les Visiteurs du soir, doit être projeté avec un cache-projecteur 1.37 pour conserver l’intégralité de l’image. Mais parfois un film au format 1.37 est projeté avec un cache au format 1.33, et là forcément on perd de l’image. Cela nous est arrivé pour une projection prestige de La Bandera, le film de Julien Duvivier, c’était une copie 35 mm restaurée. La salle où nous étions avait un problème de distance entre l’écran et le projecteur à cause des sous-titres anglais projetés électroniquement dans le bas de l’image (qui empiétaient sur la taille originale de l’écran de projection). Ils ont projeté le film avec ce cache 1.33 à cause du manque de recul, sauf que dans ce film, certaines scènes sont sous-titrées en français sur le négatif original avec un système de rouleau sur 1/3 de l’image en partant du bas, en raison de la présence de dialogues en arabe. Ces sous-titres ont donc tous été tronqués par cette projection en 1.33 au lieu de 1.37 !

Le son restauré de la copie reste en mono, nous ne prévoyons dans ce cas que de l’audio analogique SR, il n’est pas raisonnable financièrement d’envisager un audio SRD mono (qui est numérique) ; l’audio, bien que restauré, comportera aussi des qualités de restitution qui ne seront pas tout à fait à l’identique de la restauration audio, du fait de cette écoute analogique.

A contrario, lors d’une projection numérique comme je l’expliquais tout à l’heure, on a l’assurance qu’on ne perdra rien en terme d’image, l’image utile étant placée dans une fenêtre 1,85 ou scope qui doit obligatoirement apparaître à l’écran. Le son est restitué en numérique à l’identique de l’audio restauré. Il n’y a donc aucune distorsion additive, la projection est optimale et donne le meilleur de la restauration effectuée. »

La toute première projection des Visiteurs du soir, version restaurée, a eu lieu lors de la 37e édition du Festival international du film de La Rochelle le samedi 27 juin 2009 à 21h45. Le film a donc été projeté dans une version numérique DCP (Digital Cinema Package) au format 2K.
« Les projections numériques sont de très bonne qualité », nous confie Olivier Pruvost. « Même si la copie 35 mm a encore un beau potentiel, et surtout un charme particulier qui lui permet d’apporter quelque chose de différent sur les très grands écrans. Mais dans la plupart des cas, la projection numérique est au moins équivalente. Elle est même quelquefois supérieure pour les vieux films parce que généralement la définition des éléments originaux est inférieure au 2K , de plus les éléments utilisé lors de la restauration numérique servent directement au master DCP 2K, dans le cas des copies 35 sonores nous passons au minimum par un élément intermédiaire, avec une résolution finale au niveau de la copie ne pouvant dépasser 1 200 lignes (source : étude CST). »

En effet, cela fait plusieurs années que la révolution numérique est en train de chambouler toute la filière du cinéma. Et bien évidemment son importance en matière de restauration de films anciens est de plus en plus essentielle, comme nous le voyons pour cette restauration des Visiteurs du soir.

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6 – CONCLUSION

Pour tout amateur des films de Marcel Carné, la sortie en DVD des Visiteurs du soir est un événement que l’on n’attendait plus.

Les Visiteurs du soir vont donc entamer maintenant leur nouvelle vie grâce au numérique.
À ce propos, Marcel Carné avait souhaité sur la fin de sa vie coloriser Les Visiteurs du soir. Il était persuadé que les spectateurs ne voulaient plus voir de films en noir et blanc et que seule la colorisation permettrait à ses films d’être vus. Il n’avait bien sûr pas anticipé l’avènement du DVD et la qualité des restaurations des « vieux » films en noir et blanc. Ainsi, nous espérons que l’histoire lui donnera tort et que cette restauration des Visiteurs du soir va être vue par le plus grand nombre. D’autant plus qu’il est à parier que, même en 1942, Marcel Carné n’a pas vu le film dans une telle qualité…

Souhaitons que ce film, qui a souffert avec les années de la comparaison avec Les Enfants du paradis qui lui succéda en 1945 avec la réussite que l’on sait, sera réévalué par de nouveaux cinéphiles et continuera de fasciner les spectateurs par ses multiples niveaux de lecture.

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7 – LES VISITEURS DU SOIR, VU PAR OLIVIER PRUVOST

Olivier Pruvost vient donc de passer six mois en compagnie des Visiteurs du soir, comment a-t-il jugé le film en tant que spectateur ?

« Les décors, les costumes sont magnifiques, celui du diable est terrible, on ne voit que lui. Pour les décors, il y a des choses compliquées avec plein de caches, des effets spéciaux qu’on ne voit pas mais qui sont là ! Ça ne devait pas être facile à caler d’ailleurs… Les découvertes sont plutôt bien faites également… Quand on voit le travail et le rendu du film, on est ébahi par la richesse de la mise en scène et par la maîtrise du cadre, par sa construction. C’est très fluide, il n’y a pas un moment de relâche. Même sans le son, ce qui était notre cas à l’étalonnage, c’est extraordinaire.

En ce qui concerne le jeu des acteurs, c’est un peu théâtral mais ça va tellement bien dans le geste et dans la manière de parler. C’est vrai que j’ai trouvé Arletty plutôt étonnante, car on ne la voit pas souvent dans ce registre. Son personnage a un axe de modernité incroyable quand elle se fait passer pour un garçon. Son discours correspond bien à l’Arletty qu’on connaît. Par contre je dois avouer que je suis un peu resté sur ma faim avec Alain Cuny. Mais je connais certaines monteuses qui sont folles amoureuses de lui, donc… [Rires]
Marie Déa est très bien, très photogénique. Elle prend très bien la lumière, il faut dire qu’elle est bien éclairée aussi ! Elle est à fond dans le rôle. Évidemment le diable est un vrai bonheur, dans ce rôle Jules Berry est extraordinaire. Le baron et le seigneur ne sont pas en manque et contribuent à la cohérence générale, même la figuration ne dénote pas, c’est exceptionnel car tout est à sa place. Après l’avoir vu, on ne peut pas imaginer ce film autrement
. »

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8 – LIENS TECHNIQUES

La restauration photochimique et numérique a été réalisée par :

01 – Filmo, département Patrimoine a réalisé l’analyse, la coordination et la validation des restaurations.
02 – Scanlab a réalisé le scan et la restauration numérique 2K.
03 – Duboicolor a réalisé l’étalonnage numérique 2K.
04 – L.E Diapason a réalisé la restauration audio.
05 – Laboratoire Neyrac films a réalisé la préparation des éléments 35 mm ainsi que le test de tirage image et le tirage d’un positif son.

***
06 – La page consacrée à la restauration du film sur le site de Filmo avec cinq extraits vidéo !!
07 – Retrouvez l’article du magazine Les Années Laser consacré également à la restauration du film, paru dans le numéro 152 daté d’avril 2009, sur le site de Filmo.

08 – La bande-annonce de l’époque sur le site TOUT LE CINÉ.COM.

09 – Le site de la SNC.
10 – Un article sur « La Restauration numérique du film cinématographique » sur le site L3I (le laboratoire de l’université de La Rochelle).
11 – Les « Principales Notions techniques du cinéma numérique » (document PDF) sur le site de ARP (société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs).
12 – Un dossier en diaporama à télécharger, « Le Master numérique pour le cinéma », sur le site du CNC.
Il s’agit d’une présentation de la FICAM (Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia) et de la CST (Commission supérieure technique de l’image et du son) sur les masters numériques à l’occasion de la journée du 19 novembre 2007.
13 – Un lexique technique cinématographique sur le site Lesfilms.org.
14 – Une discussion, « HD et restauration », sur le site de Dvdclassik.
15 – Une discussion, « HD et pellicule argentique », sur le forum du site de l’éditeur Criterion.

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Un Commentaire

  1. chambaretaud
    Publié le 19 août 2010 à 23 h 09 min | Permalien

    déjà j’aime les films de CARNE la restauration est magnifique , moi je restaure des court métrage avec un logiciel

    bravo pour ces site essentiel

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