2010 – la vente aux enchères Jacques Prévert à Drouot le 09 juin


Collection Privée Jacques Prévert : morceaux choisis
Vente aux enchères mercredi 9 juin 2010 Drouot Richelieu Salle 1

Exposition du 1er au 6 juin 2010 Salle des ventes Favart 1, rue Favart 75002 PARIS (face à l’Opéra Comique)

Expositions publiques à l’Hôtel Drouot – Salle 1 Mardi 8 juin 2010 de 11 à 18 heures et le matin de la vente de 11 à 12 heures

Le manuscrit original du « Quai des Brumes »
Le manuscrit original des « Feuilles mortes »
La planche scénaristique des « Visiteurs du Soir »
Une huile de Picasso, une gouache de Miro
14 lettres autographes signées, dessinées, personnalisées par Matisse, Picasso, Miro, Chagall, Calder, Papart, Doisneau, Chaplin, Brassens, etc…
15 livres dédicacés par Breton, Ernst, Izis, Doisneau, Brassaï, etc…

Le Manuscrit autographe du premier jet du scénario de « Quai des Brumes » –
La planche scénaristique des « Visiteurs du Soir » (1942)
Le Manuscrit autographe des « Feuilles mortes » (1946)
Oeuvres, lettres, et ouvrages de ses amis artistes
Les Ephémérides
Conclusion

MIS A JOUR : 15 JUIN 2010.

Comme nous le relations il y a quelques jours, la petite-fille de Jacques Prévert, Eugénie Bachelot Prévert, a décidé de se séparer le 09 juin 2010 « des morceaux choisis de la riche collection privée Jacques Prévert » (selon un communiqué des organisateurs) lors d’une vente aux enchères à Drouot.

Le but de cette vente est de « souligner la place considérable qu’occupe Prévert (1900-1977) dans le milieu culturel, cinématographique, littéraire et musical au XXe siècle, à la fois comme artiste, mais également comme personnalité reconnue et admirée par les plus grands acteurs culturels du siècle. Les écrits proposés à la vente (« Les Feuilles mortes » ou « Le Quai des Brumes ») illustrent le premier volet, le choix des tableaux (Miro, Picasso), lettres autographes (Matisse, Doisneau) et livres dédicacés (Breton, Eluard) le second ».

Nous avons donc voulu créer cette page pour témoigner de cette vente, pour garder une trace de ces pièces qui vont être dispersées. Mais nous voulions plus simplement permettre à l’amateur de Prévert d’aller au-delà de cette dépêche AFP et d’avoir accès au détail de cette vente exceptionnelle de par la qualité et la rareté de ces pièces.

Signalons que le catalogue de cette vente est en vente depuis le 12 Mai 2010 (80p avec de nombreuses illustrations et des textes écrits par Gérard Fromanger et NT Binh).

30 euros sur demande et consultable sur www.ader-paris.fr.

Ces morceaux choisis de la collection privée Jacques Prévert ont été vendus aux enchères 2,28 millions d’euros mercredi 09 Juin 2010 à Drouot (selon AFP, la dépêche est à lire ici).

Avec l’aimable autorisation de l’étude Ader/David Nordmann

Tous droits réservés pour les documents ci-dessous.

1 – Le Manuscrit autographe du premier jet du scénario de Quai des Brumes

Jacques PRÉVERT. Le Quai des Brumes.

Manuscrit de premier jet du scénario du célèbre film de Marcel Carné [1937], présentant d’importantes variantes avec le texte publié et les dialogues du film. 142 feuillets in-fol. (30 x 20 cm), sous chemise papier fort bleu gris (petites fentes ou déchir. à quelques ff. ; 3 ff. avec petite réparation au scotch).
Estimation 200.000/300.000€

Lot majeur de cette vente exceptionnelle, il a été vendu à 557 640 euros (taxes comprises). C’est le plus cher de cette vente.

Il est intéressant de noter que ce manuscrit de Prévert pour un film de Carné vaut plus cher qu’un tableau de Picasso (cf ci-dessous)…

Il a été vendu au Musée des lettres et manuscrits, qui vient d’inaugurer ses nouveaux locaux au 222, boulevard Saint-Germain (75007 Paris). www.museedeslettres.fr

Notons que le Musée des lettres et manuscrits a précisé à l’AFP que ce manuscrit fera parti des oeuvres exposées (avec celles achetées aujourd’hui) à partir de la mi-juillet à Paris (museedeslettres.fr).

Pour vous permettre de mieux vous rendre compte des différences entre ce premier jet du scénario et la version filmée, nous avons pu avoir l’autorisation de reproduire des extraits de l’expertise réalisée par Thierry Bodin :


Après Drôle de drame, Jacques Prévert et Marcel Carné décident d’adapter pour leur prochain film le roman de Pierre Mac Orlan Le Quai des brumes (1927). Prévert, qui décide de transporter l’action de Montmartre au Havre, écrit son scénario en août-novembre 1937 ; le tournage commence le 2 janvier 1938 au Havre pour les extérieurs puis se poursuit aux studios de Joinville, dans les décors d’Alexandre Trauner, avec, dans les rôles principaux, Jean Gabin, Michèle Morgan, Michel Simon, Pierre Brasseur… Le film sort le 17 mai 1938 et remporte aussitôt un triomphe.

Le manuscrit est écrit à l’encre noire ou bleue au recto de feuillets de papier quadrillé à petits carreaux, dont la plus grande partie (à partir de la page 39) sur des feuillets arrachés d’un cahier à spirale ; une marge d’environ un quart de la largeur a été réservée sur la partie gauche des pages. Ce manuscrit porte sur certaines pages des marques au crayon vert ou bleu, notamment pour souligner les noms des personnages lors des dialogues et des indications de jeu entre parenthèses ; quelques notes au crayon montrent que ce manuscrit a été ensuite donné à dactylographier. Il est paginé en quatre séquences : 1-55 [les pages 46-49 manquent, il y a une p. 53bis], 1-25 [plus 17bis], 1-40 [il y a 2 p. 35], 1-23 [Prévert a oublié la p. 18], et est précédé d’un feuillet explicatif :

« Note. 1. Le nom du port peut être changé… le Havre a été choisi parce qu’il y a un grand trafic… beaucoup d’arrivées et de départs de bateaux… Mais l’histoire étant imaginaire et sans aucune recherche particulière de couleur locale… elle pourrait se passer ailleurs… dans n’importe quel autre port de France… 2. Il y a des scènes qui sont entièrement dialoguées… afin de situer davantage le caractère des personnages… d’autres sont simplement résumées ».

Le texte de ce manuscrit présente des ratures, des suppressions, des additions interlinéaires ou dans la marge ; il a été ensuite très remanié sur dactylographie, lors du découpage avec Marcel Carné et de l’écriture des dialogues ; il présente tout au long des différences importantes et avec les dialogues et le découpage du film, et avec le texte publié (Gallimard, 1988).

Nous ne pouvons en donner ici que quelques exemples.



La page 8 du manuscrit, juste après que Jean est descendu du camion, n’a pas été retenue dans le film, où a été ajoutée la scène (qui ne figure pas dans le manuscrit) à l’intérieur du dancing le « Petit Tabarin », où Lucien et ses acolytes discutent avec Zabel.

Voici le texte du manuscrit, dont une partie sera transformée et utilisée lors de la rencontre avec Quart-Vittel : « … un peu plus tard … les rues du port … et toujours le brouillard … / Des marins … des ouvriers des soldats … des femmes … / le tout très simple sans aucun pittoresque dans le genre “bouge à matelots et pianos mécaniques”. / Dans les rues … le soldat … il semble chercher quelque chose … passe une patrouille de fusiliers marins … service en ville … le soldat revient sur ses pas et l’évite … il reste adossé au mur et regarde machinalement devant lui. Soudain un bruit… quelque chose tombe à terre … / il baisse le regard et voit : le chien assis pas terre … avec près de lui une pierre qu’il a rapportée… / le chien est visiblement désireux que la pierre lui soit lancée à nouveau / il regarde le soldat et remue la queue… / le soldat (hochant la tête) « ce que tu peux être collant toi alors… » / il continue son chemin… »

Les deux pages suivantes donnent une version différente de l’apparition de Quart-Vittel, lors d’une bagarre avec les hommes de Lucien, dont il expliquera à Jean les trafics (p. 10) : « des petits bandits bien sûr mais vaches comme pas un que je te dis et des fils de famille encore… des bacheliers… permettez (petit salut) (haussant les épaules) ils ont trop de fric et quand on a trop de fric on en a jamais assez… alors ils font des combines… et on se drogue… ça joue au barbeau… au gangster comme ils disent maintenant… mais quand il y a un coup dur… la famille vient repêcher son petit poissonnet… tu parles d’une haute moralité… »

La scène dans la cabane de Panama avec le peintre Michel Krauss sera elle aussi modifiée : des dialogues seront ajoutés, d’autres qui figurent dans le manuscrit seront supprimés.

L’apparition de Nelly ne se déroule pas dans la cuisine, mais elle arrive dans la cabane à la suite de Quart-Vittel qui était allé chercher des bouteilles (p. 28-29) : « derrière lui une très jeune fille… presque une enfant… elle est très jolie et très maquillée… mais décoiffée par le vent… / elle est vêtue d’un imperméable… elle reste silencieuse… très pâle et un peu haletante comme les gens qui ont couru… / elle regarde les hommes et les hommes la regardent sauf le soldat qui continue à manger. / Quart-Vittel … J’ai rencontré mademoiselle… elle était perdue… elle courait… »
Suit un dialogue entre Quart-Vittel et Panama qui sera supprimé, de même que sera supprimée une partie des dialogues entre le soldat et la jeune fille.

La scène de la bagarre autour de la cabane a été elle aussi fortement remaniée (c’est peut-être la raison pour la lacune de 4 ff. à cet endroit) ; une note biffée (p. 50) prévoyait, lorsque Panama demande à Zabel de ne plus revenir : « une intervention brutale de soldats à qui “la gueule” de l’homme ne revient pas ».

Dans la scène suivante sur les docks, le dialogue entre Jean et Nelly est beaucoup plus développé sur le manuscrit (p. 1-2) :
« Jean. Tais-toi tu causes comme un scaphandrier. (brusquement) Tu as de beaux yeux ! / Nelly. Au bord de la mer on a toujours de beaux yeux ! / Le soldat la regarde et sourit. / Jean … C’est drôle… on a beau en avoir bavé et savoir que c’est pas prêt de s’arrêter… il y a des moments où subitement comme ça… on croit que la vie va changer… on respire… on sent une bonne odeur… on oublie… (il rit) l’air du large quoi… et puis tout d’un coup ça se débine… et on reste là… avec les vieux peignes… les crabes… les souvenirs… (parlant à lui-même) prendre le large… facile à dire… enfin tout ça c’est des phrases… des mots. / Nelly … il y a des mots qui sont vrais… qui sont vivants… / Jean. Je sais… le mot amour par exemple… (il rit) et puis le mot “business”… tapin fric… vacherie infirmerie… lavatory… flicards et compagnie etc. et ainsi de suite (il rit) / Nelly (sans se soucier de ce qu’il dit) … si je vous voyais comme ça tous les jours… peut-être que je vous aimerais ! »…

Après la scène de la dispute entre Jean et Lucien sur les docks, Prévert rédige cette note (p. 11) : « à partir de cette scène les personnages principaux et l’atmosphère du film ayant été situés les scènes suivantes seront simplement résumées ».

Après la fin de la scène des docks, Prévert rédige une scène avec Jean et Nelly dans « une chambre d’hôtel » (p. 14-16) qui sera supprimée par la suite. La scène suivante, la visite de Lucien et sa bande à Zabel dans sa boutique (p. 17, 17bis et 18), est très différente de la version définitive ; la scène entre Jean et Zabel, dans la salle à manger (p. 24-25), sera très développée.

Plus loin, la scène au café-hôtel, où Jean rencontre le docteur (p. 10-12), sera elle aussi fort modifiée : à la fin, le docteur fait monter Jean à bord pour lui montrer sa collection d’aquarelles ; en redescendant, brève scène (elle aussi supprimée, p. 13) entre Jean et Quart-Vittel.

L’ordre des scènes de la fête foraine sera très bouleversé ; ainsi, dans le manuscrit, la scène du manège de l’autodrome où Jean donne une correction à Lucien, intervient beaucoup plus tard (p. 37-40).

Enfin, la scène contenant la fameuse phrase de Gabin : « Tu as de beaux yeux, tu sais » [déjà mentionnée plus haut], est fort différente dans le manuscrit (p. 1-2) :
« Un peu plus tard… dans un petit estaminet planté provisoirement pour la fête Jean et Nelly achèvent de dîner… elle est de plus en plus gaie… et l’on comprend que Jean n’ose ni ne peut lui dire la vérité : qu’on le recherche… qu’il faut qu’il se sauve et qu’il va s’embarquer ! […] Le garçon amène une assiette avec “la soupe pour le chien ”… / Nelly. C’est moi qui vais lui donner… / Elle va vers le chien… elle se baisse et lui donne à manger… / Le geste qu’elle fait soulève un peu sa robe… et Jean regarde ses jambes… / elle revient vers lui… / Jean. Tu as des jolies jambes tu sais… / Nelly. Je suis contente si je te plais… embrasse-moi… / Ils s’embrassent »…


Signalons que le scénario du Quai des Brumes a été publié une première fois dans la revue L’Avant-Scene n°234 daté du 15 Octobre 1979 basé sur le « visionnage plan à plan à la table de montage » donc il s’agit du scénario fidèle à la version du film.

En 1988, l’un des spécialistes de Prévert, André Heinrich le publiera à son tour chez Gallimard en enlevant toutes les indications techniques et sans indiquer de quelle version il s’agit.

Espérons qu’un jour quelqu’un publie une étude comparée des différentes versions du scénario de Prévert.


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2 – La planche scénaristique des « Visiteurs du Soir » (1942)


Planche scénaristique des « Visiteurs du soir » (1942)
encre et crayon de couleur sur papier quadrillé 49,5×64,5cm

Estimation : 40.000/50.000€

Cette magnifique planche scénaristique s’est vendu 80 000 euros (99 136 avec les taxes).

Il a été préempté par la Bibliothèque nationale de France et on ne peut que s’en féliciter.

Cette planche scénaristique a été remarquablement étudiée dans un article de Carole Aurouet pour la revue Genesis (n°28 – 2007) : « Du visuel au verbal : la méthode d’écriture scénaristique de Jacques Prévert. L’exemple des Visiteurs du soir« .

Nous apprenons ainsi que Prévert avant de se mettre à l’écriture d’un scénario se servait de « deux grandes feuilles de bristol quadrillées avec des petits carreaux » qu’il attachait avec une bande adhésive comme le remarquait Claude Autant-Lara qui écrivit (in. Les Fourgons du Malheur, Carrere, 1987) : « Il épinglait au mur une immense feuille de papier Canson, Grand Aigle, qui y restait constamment fixée ; dessus, il inscrivait au fur et à mesure, bien en ordre, toutes les séquences du film… De cette manière, il avait constamment toute la ligne du film sous l’oeil… Cet immense plan il l’agrémentait, en marge, de quantité de petits dessins ».

Carole Aurouet remarque que Prévert cloisonne son support avec des lignes horizontales, tracées sans règle et que les interlignes étroits sont destinés à recevoir les principaux protagonistes. A l’extrémité gauche, les noms des personnages sont indiqués tandis qu’à droite figurent leurs principales caractéristiques avec parfois des dessins les représentant et des attributs et des bribes de dialogues.

Ainsi il écrit à propos de Gilles (joué par Alain Cuny) : « Au début il se montre le plus simple, le plus tendre des amants puis brutalement tourne en dérision son amour, avoue qu’il simulait, et qu’il va s’en aller et ce au moment même où la fille lui prouve son amour le plus absolu et renonce à tout pour lui… un amour comme on en fait plus. » Mais Prévert n’hésite pas également à se laisser des instructions comme celle-ci à propos du Châtelain (joué par Fernand Ledoux): « S’il nous emmerde nous le remplacerons par un ermite ».

Ce qui est également très intéressant pour l’amateur de Prévert et de Carné, c’est de voir que Prévert utilise beaucoup de dessins en couleur sur ces esquisses scénaristiques, même si les films sont en noir et blanc. « La plupart du temps, les dessins servent véritablement les propos de l’auteur et apportent des données supplémentaires si bien que l’image est en parfaite symbiose avec le verbe : elle l’illustre et l’enrichit » (Carole Aurouet).


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3 – Le Manuscrit autographe des « Feuilles mortes » (1946)


Manuscrit autographe Les feuilles mortes (1946)
4 feuillets écrits au recto à l’encre bleu nuit (27x21cm)

Estimation 30.000/40.000€

Ce manuscrit à la symbolique forte pour tous les amoureux de Prévert, Montand et tous ceux qui ont aimé ce standard de la chanson française s’est vendu à 185 880 euros (taxes comprises).

Il a été vendu au Musée des lettres et manuscrits, qui vient d’inaugurer ses nouveaux locaux au 222, boulevard Saint-Germain (75007 Paris). www.museedeslettres.fr.

Notons que le Musée des lettres et manuscrits a précisé à l’AFP que ce manuscrit fera parti des oeuvres exposées (avec celles achetées aujourd’hui) à partir de la mi-juillet à Paris (museedeslettres.fr).

Cette chanson qui est devenu un standard (plus de 600 interprétations !) a été créé en 1944 pour le ballet de Roland Petit « Le Rendez-Vous » par Joseph Kosma et Jacques Prévert (leur collaboration remontant au milieu des années 30). Au cinéma, on leur doit notamment le morceau « A la belle étoile » dans Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir en 1936 et « Démons et Merveilles » dans Les Visiteurs du Soir de Marcel Carné en 1942.

Ce ballet de Roland Petit est devenu par la suite le film Les Portes de la Nuit que Marcel Carné réalisa en 1946. Prévert mis alors des paroles sur le deuxième thème instrumental que Kosma avait composé pour le ballet.
Carné se souviendra de la première fois où il entendit le morceau. A l’époque Gabin devait encore faire le film (à la place de Montand), il fut invité avec Carné par Prévert dans un restaurant de la rue Dauphine. Kosma est là aussi. Il y a un piano dans un coin et à la fin de l’apéro, Prévert demande à Kosma de jouer le morceau prévu pour être le thème des Portes de la Nuit



« La mélodie s’élève doucement. Nostalgique. Prenante. Pour finir par devenir envoûtante. A peine Kosma a-t-il plaqué le dernier accord que, perdu dans un rêve, Gabin lui demande : « Rejoue encore »…Au café, pour peu que Kosma nous soutienne, c’est presque la chanson toute entière que nous entonnons. Jacques, heureux, savoure.

Quant à moi, j’ai l’impression que, quoiqu’il arrive, je n’oublierai jamais la douceur de ces instants. Gabin se tourne vers Jacques : « De première », dit-il en hochant la tête. Les Feuilles Mortes venait de naître… » Marcel Carné. Ma Vie à Belles Dents. ed.l’Archipel

De fait on entend peu le morceau dans le film, et c’est la soprano Irène Joachim qui double Nathalie Nattier (à son grand regret). Mais le morceau sera repris une première fois par Cora Vaucaire avant de devenir via Juliette Greco et Yves Montand ce morceau intemporel et indémodable que l’on connaît.
N’oublions la belle traduction en anglais du compositeur de Jazz américain Johnny Mercer en 1947 qui sous le nom de « Autumn Leaves » lui permettra de faire le tour du monde. « Autumn Leaves » fut en effet joué par Stan Getz (en 1952), par Cannonball Adderley et Miles Davis (en 1958) et bien sur chanté par Frank Sinatra sur l’album Where Are You en 1957 (même si nous vous recommandons la version acoustique, avec guitare et flûte, qu’il interprèta en 1962 à Londres au Royal Festival Hall).
Curieusement, il y eut même un film en 1956 intitulé Autumn Leaves réalisé par Robert Aldrich dont le thème du film fut chanté par Nat King Cole.

Une des reprises les plus étonnantes fut celle en 2009 d’Iggy Pop l’ancien chanteur des mythiques Stooges, (cf la video d’une émission à France Inter).

Pas mal pour un film qui fut un échec à sa sortie tout comme le morceau qui mit 10 ans à s’imposer…



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4 – Oeuvres, lettres, et ouvrages de ses amis artistes


Joan Miro. Lettre autographe signée à Jacques Prévert, Palma de Mallorca 14 novembre 1970 ; 1 feuillet recto-verso à son en-tête (29,5x 21 cm), enveloppe autographe.

Lettre Illustrée de dessins aux crayons gras et stylo bille bleu. Miro remercie Prévert « pour ton livre [Imaginaires] que j’ai trouvé à la Galerie et qui est très beau. Ce printemps on attaque celui que nous faisons ensemble « …

Miro évoque le livre Adonides qui sera édité en 1975 chez Maeght Editeur qui contient « 65 gravures en couleurs à l’eau-forte et à la pointe sèche, sur lesquelles Jacques Prévert a directement écrit son texte qui fut ensuite imprimé en lithographie« .

Estimation :15 000 /20 000€ – Vendu à 30 000 euros (sans les taxes)


Joan Miro « Pour le salut international » (1977)

Gouache, encre de chine et traits de crayon signée en bas à droite dédicacée « Pour Madame Prévert, à la mémoire de Jacques, de tout coeur 8.XI.77 » au dos 48,5 x 69 cm

Estimation 70.000/80.000€ – Vendu à 220 000 euros (sans les taxes)


Pablo PICASSO. Enveloppe dessinée aux crayons de couleur, [Cannes 2 août 1955] ; 15,5 x 22,5 cm.

Picasso a calligraphié aux crayons de couleur l’adresse de Jacques Prévert, l’agrémentant de décorations de traits, points et étoiles : « POUR / Monsieur Jacques Prévert / au premier rang sur les remparts / A Antibes / (A.M.)« .

Au verso de l’enveloppe, Picasso a inscrit au stylo bille bleu : « Envoi PICASSO – La californie – Av. Costebelle – Cannes A.M. »

Estimation 15. 000/ 20. 000€ – Vendu à 37 156 euros (taxes comprises)

Il a été vendu au Musée des lettres et manuscrits, qui vient d’inaugurer ses nouveaux locaux au 222, boulevard Saint-Germain (75007 Paris). www.museedeslettres.fr

Notons que le Musée des lettres et manuscrits a précisé à l’AFP que ce manuscrit fera parti des oeuvres exposées (avec celles achetées aujourd’hui) à partir de la mi-juillet à Paris (museedeslettres.fr).

C’est un total de 14 lettres autographes signées, dessinées, personnalisées par Matisse, Picasso, Miro, Chagall, Calder, Papart, Doisneau, Chaplin, Brassens, ainsi que 15 livres dédicacés par Breton, Ernst, Izis, Doisneau, Brassaï qui seront mis en vente.

Par exemple citons ceux-ci :

Pablo PICASSO. Toros y Toreros. Texte de Luis Miguel Dominguin [avec traduction française par George Franck] et une étude de Georges Boudaille. (Éditions du Cercle d’Art, [1961]). In-fol., cartonnage toile d’éditeur illustré, sous étui illustré (petite éraflure à l’étui). Précieux exemplaire de Jacques Prévert, enluminé et décoré de dessins originaux par Picasso. Vendu à 130 000 euros (sans les taxes).

Robert DOISNEAU. Lettre autographe signée à Jacques et Janine Prévert, 24 février 1976 ; 3 ff. écrits au recto (29,5 x 21 cm). Très belle lettre illustrée de 9 photographies originales collées (5,5 x 9,5 cm). Vendu à 1000 euros (sans les taxes), Belle affaire !

Asger JORN. Guldhorn og Lykkehjul – Les Cornes d’or et la Roue de la Fortune (S.l.n.d. [Copenhague, 1957]).Petit in-4, couverture cartonnée illustrée. Rare édition originale richement illustrée, en danois avec traduction française de Matie van Domselaer et Michel Ragon. Vendu à 4500 euros (sans les taxes).


Pablo PICASSO. Les Baigneurs (la famille Prévert), 9/6/58. Huile sur contreplaqué signé, daté et dédicacé : « pour mon ami Jacques Prévert » au dos. 11,5 x 37 cm.

Il s’agit de l’avant-dernier lot de cette vente et non des moindres. Vendu à 360 000 euros (440 112 euros, taxes comprises), il a été acquis par le marchand d’art Jean-François Aittouares qui s’occupe de la Galerie Aittouares, 2, rue des Beaux Arts, 75006, Paris. www.aittouares.com.

Picasso représente la famille Prévert jouant et se baignant dans la mer. Janine et sa fille Michèle, dite Miette ou Minette, se renvoient le ballon tandis que Jacques sort la tête de l’eau. Quant au lieu, il s’agit vraisemblablement de la plage de Cannes où les deux familles se retrouvaient régulièrement en été dans les années 1950. Picasso réalisera une sculpture Les Baigneurs, Cannes, été 1956, qui pourrait préfigurer le tableau Les Baigneurs (la famille Prévert). L’enfant au premier plan de la sculpture possède certaines similitudes avec notre personnage à droite, représentant Jacques Prévert : même tête ronde, yeux, nez et bouche bien marqués. Les deux figures se situent toutes les deux au premier plan. Dans les deux oeuvres, les mains sont stylisées, avec les doigts écartés. L’huile sur panneau, de format panoramique, telle une prise de vue photographique, offre la vision d’une scène instantanée. Les personnages sont placés sur la surface de l’eau se détachant du premier plan. La plage de sable fin, dont la limite entre le rivage et la mer est soulignée par un effet de matière, apparaît au premier plan. Les dominantes de couleur bleu et gris se complètent par un tracé noir et l’ensemble de la composition est ravivé par la tache rouge du ballon.


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5 – Les Ephémérides


Jacques PRÉVERT. Jeudi. Dessin original et notes autographes ; 42 x 27 cm (encadré).

Éphéméride ornée d’une fleur aux feutres de couleur et crayon gras.

« Arturo / Picasso Prejger / 3 h. Doct. Grupper … Télé Doisneau »…

Estimation 1500/2000€ – Vendu à 5250 euros (sans les taxes)

« À partir de la fin des années 1950, installé cité Véron, Jacques Prévert prend l’habitude, en guise d’agenda, de noter son emploi du temps et ses rendez-vous sur de grandes feuilles, qu’il orne de dessins de fleurs au feutre et de petits croquis, et où, pour toute date, figure quelquefois seulement le jour de la semaine »

(Cat. Jacques Prévert, Paris la belle, p. 222).


Jacques PRÉVERT. Vendredi 21. Dessin original et notes autographes ; 44,5 x 27,5 cm (encadré).

Éphéméride ornée de 2 fleurs aux feutres de couleur. « Siné l’appeler / les dents…Piero Doisneau / télépaul « …

Estimation 1 500/2000€ – Vendu à 4000 euros (sans les taxes)


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6 – Conclusion


Le communiqué de presse de l’etude Ader/David Nordmann daté du 10 Juin 2010 nous apprend que « plus de 90% des 49 lots mis en vente le 9 juin chez ADER par Eugénie Bachelot-Prévert, l’unique petite fille
du poète, ont rapporté 2.280.000€ (frais compris) triplant l’estimation initiale de 700.000€
. »

Une belle somme dont Eugénie Bachelot-Prévert souhaite consacrer une partie à « la création d’une association, fondation etc.. pour préserver le lieu de la cité Véron. » Signalons qu’elle loue toujours à la société du Moulin Rouge ce petit appartement situé sur la terrasse de la Cité Véron à Pigalle (Paris).

Ce communiqué de presse signale que « les pièces majeures étaient acquises par des musées, elles seront donc bientôt visibles par le public. » Ce qui est une bonne nouvelle car la crainte subsistait de voir disperser ces pièces à l’étranger.

– Les photographies ci-dessous sont publié avec l’aimable autorisation de Michel Giniès



En effet, le Musée des Lettres et Manuscrits s’est offert un beau coup de pub en remportant deux des plus importants lots de cette vente à savoir le manuscrit de premier jet du scénario du film Le Quai des Brumes (557 640€ alors qu’il était estimé à 300 000 € maximum) et le manuscrit des Feuilles Mortes (185.880€ pour une estimation haute à 40.000€). Ces manuscrits devraient être présentés au public courant Juillet 2010.

Le Musée des Lettres et Manuscrits (riche de 70 000 documents) a été fondé en 2004 par Gérard Lhéritier, grand collectionneur d’autographes et de manuscrits. Situé à l’origine au 8 rue de Nesle, il vient de déménager au 222 boulevard Saint-Germain pour une surface de 600 mètres carrés. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h avec une nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Le tarif d’entrée est 7€ (tarif réduit à 5€).

C’est à Gérard Lhéritier que l’on doit l’achat via sa société Aristophil du « Manifeste du Surréalisme » d’André Breton pour 3,2 millions d’euros en Mai 2008. Mais on se souvient également qu’il fut impliqué dans un imbroglio judiciaire en 1996 lié à sa société philatélique dont il sorti innocenté au bout de 10 ans (il en tira un livre en 2006 : Intime Corruption aux éditions L’Archipel). Sa collection comprend des manuscrits historiques de Louis XVI, Napoléon Bonaparte mais également de Baudelaire, Mozart et même Gainsbourg

Signalons que la première exposition temporaire est consacrée jusqu’au 29 août 2010 à Marcel Proust à travers 160 documents : Proust, du temps perdu au temps retrouvé.

Lire l’article de Bibliobs sur la ré-ouverture du Musée des Lettres et Manuscrits et celui du Figaro.


Le troisième lot important en ce qui concerne l’oeuvre de Marcel Carné et Jacques Prévert, la planche scénaristique des « Visiteurs du soir » a été préemptée par la Bibliothèque Nationale de France à 99 136€ (estimation haute à 50 000€). C’est un communiqué du Ministère de la Culture qui nous apprend que cette acquisition s’est faite grâce au souhait de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication.

On y apprend également que « cette splendide planche rejoindra, grâce au concours du Fonds du Patrimoine, le département des Arts du spectacle déjà riche de nombreux documents sur l’activité cinématographique de Prévert, avec Marcel Carné mais aussi Jean Grémillon ou Marc Allégret : photographies, scénarios, correspondances, affiches… La Bibliothèque nationale de France conserve une des plus importantes bibliothèques au monde sur le cinéma d’avant 1945, à travers notamment la collection d’Auguste Rondel mais aussi les fonds Abel Gance, René Clair, Serge Sandberg, les milliers de scénarios de films muets des maisons Pathé et Gaumont ou encore les documents de la dation Carné de 1999 : scénarios de Quai des Brumes, La Merveilleuse visite, La Vie à belles dents… Le département des Estampes et de la photographie détient aussi la collection des Collages de Jacques Prévert donnés par Janine Prévert en 1982. » Lire le communiqué de presse ici.


Eugénie Bachelot-Prévert et David Nordmann, Cité Véron, avril 2010

Pour terminer, rappelons que le lot le plus important a été ce fameux manuscrit autographe par Prévert du premier jet du scénario de Quai des Brumes qui a été vendu à à 557 640 euros (taxes comprises). C’est-à-dire plus qu’un tableau de Picasso inédit de 1958 intitulé Les Baigneurs (la famille Prévert) !! En effet ce magnifique Picasso était l’un des clou de cette vente et a été vendu 440 112 euros, (taxes comprises).

Ainsi, l’oeuvre de Jacques Prévert poursuit son destin, marqué d’un sceau indissociable le liant à Marcel Carné et nous ne nous en plaindront pas bien au contraire…


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Liens

1 – le site des Commissaires-Priseurs Ader/David Nordmann
2 – Fatras-succession Jacques Prévert (le blog)


Sur le bureau de Jacques Prévert – Cité Véron – Paris


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  1. […] demain sera vendu le manuscrit original de Prévert du Quai des Brumes à Drouot (cf notre annonce ici) dans le cadre de la vente aux enchères « Collection Privée Jacques Prévert : […]

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