Hôtel du Nord
la double édition dvd collector (Zone 2 Pal) sortie chez MK2 le 04 octobre 2006
Vous pouvez vous rendre directement à la page spéciale correspondante (rubrique "documentaires") à chacun des trois documentaires qui composent les
bonus inédits de ce 2°DVD collector de MK2.
Marcel Carné, ma vie à l'écran, de Jean-Denis Bonan - 1994
Carné, vous avez dit Carné, de Jean-Denis Bonan - 1994
Marcel Carné, fragments et anecdotes, de Variety Moszynski - 1994
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Chronique du DVD collector d'
Hôtel du Nord édité par
MK2 le 04 octobre 2006,
également disponible sur
le site de
DVDCLASSIK.

Hôtel du Nord est l'un des grands classiques du cinéma français. Mais derrière cette reconnaissance justifiée, comme l'écrit Georges Kaplan
(lors d'une précédente chronique sur le site de DVDCLASSIK), "le label "chef d’œuvre du cinéma français", synonyme d’intouchabilité, rebute souvent les jeunes
cinéphiles qui ne voient dans Hôtel du Nord ou autre Quai des Brumes que des œuvres trop reconnues et quelque peu désuètes. Aujourd’hui la mode cinéphile
préfère Hawks ou Tourneur à Marcel Carné ! Il est donc temps pour les amoureux du cinéaste de souffler sur la poussière qui enveloppe cet
Hôtel du nord et d’inciter les nouveaux cinéphiles à le (re)découvrir …"
Quatre ans après une très belle première édition, MK2 a décidé de ressortir « Hôtel du Nord » en y ajoutant un second dvd composé de trois documentaires
tournés en 1994, deux ans avant la mort de Carné. Bien sûr pour tout ce qui concerne le premier dvd et ses bonus nous vous renvoyons à la chronique précitée car
rien n'a changé par rapport à l'excellence de cette première version.
Mais avant d'aborder le contenu du deuxième DVD, revenons un instant sur la présentation tout à fait irréprochable du film par Serge Toubiana que l'on trouve en bonus
sur le premier dvd. Serge Toubiana, outre qu'il a été le rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma de 1974 à 2000 (revue qui a toujours soutenu Carné
comme chacun sait !), est aujourd'hui depuis 2003 le directeur général de la Cinémathèque Française. Ce qui nous amène à la question suivante que nous aimerions
lui adresser :
Monsieur Toubiana, pourquoi la Cinémathèque Française oublie-t-elle de rendre hommage à Marcel Carné pour son centenaire ? Voilà qui semble
inexplicable tant on ne peut nier que certains de ses films prennent place parmi les plus grands films de notre patrimoine. La cabale contre Carné
continuerait-elle dans le milieu de la cinéphilie parisienne ?
Cette mise au point faite, venons-en à ce deuxième dvd qui regroupe trois documentaires, tous inédits en DVD, qui avaient été diffusés lors d'une soirée théma d'Arte,
il y a une dizaine d'années. À noter que c'est la première fois qu'en DVD sont disponibles des documentaires de qualité concernant l'oeuvre et la personnalité de
Marcel Carné. Nous allons en détail voir l'intérêt de ce deuxième DVD.
Marcel Carné, ma vie à l'écran, de Jean-Denis Bonan (53'19) - 1994
Ce premier documentaire est le plus intéressant car il s'agit principalement d'une interview de
Carné par
Didier Decoin qui a été le scénariste de son
dernier film, «
La Merveilleuse Visite » (1974) ainsi que de nombreux projets inaboutis comme le fameux «
Mouche » sur lequel nous reviendrons. Nous
suivons
Carné dans les lieux emblématiques de sa carrière en commençant par La Goulue, fameuse guinguette de Joinville-le-pont, occasion pour lui d'évoquer son
premier court-métrage «
Nogent, Eldorado du Dimanche » en 1929. Suivent le Ranelagh qui projeta durant des années «
Les Enfants du Paradis », puis le
Musée de Montmartre où en 1994 fut organisé une grande exposition
Marcel Carné, la seule d'ailleurs qui lui fut jamais consacrée. Au chapitre des anecdotes,
Carné rappelle que pour «
Hôtel du Nord », si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait coupé le fameux «
atmosphère » d'
Arletty qu'il trouvait
trop écrit à la lecture du scénario. Et c'est simplement dû au talent et à la gouaille d'
Arletty, qui en a fait ce que l'on connaît aujourd'hui, que cette phrase
figure parmi les plus connues du panthéon des dialogues de films français.
Carné évoque aussi son dernier film tourné «
La Merveilleuse Visite » en 1974 par ce pitch : «
L'ange du film est celui qui veut bien faire mais finira par être
détesté », ce qui pourrait très bien s'appliquer à sa carrière cinématographique. Mais c'est lorsqu'il évoque les films qu'il n'a pas fait que
Carné est
le plus touchant. Ainsi «
La Reine Margot » (avec
Anna Magnani dans le rôle-phare sur un scénario de
Jacques Viot en 1951. ndr), projet tellement
avancé qu'il en avait fait le découpage technique du film, gardant ainsi en mémoire des scènes qui n'ont pas été tournées et déclarant que ça lui suffit. Quand on sait
que Carné a eu autant de projets inachevés que de projets qui ont aboutis, on ne peut s'empêcher de penser à regret à tous ces films perdus.
Comme «
Mouche »
le film que
Carné a essayé de réaliser durant les dernières années de sa vie dont nous pouvons voir quelques rushes inédits ici avec notamment
Wadeck Stanczak
et
Roland Lesaffre (le film a été arrêté au bout de 8 jours de tournage faute d'argent. ndr). Peut-être ce film tiré d’une nouvelle de
Maupassant sous
influence des
Impressionnistes, n'aurait peut-être pas été un chef d’oeuvre mais au vu de ce que
Carné a donné au cinéma français, on ne peut qu’être
attristé à l’idée qu’il ait été abandonné sur son dernier film. Lorsque
Didier Decoin termine le documentaire en lui demandant «
Votre dernier film est encore
à venir ? »,
Carné répond avec une émotion qu'il feint d'ignorer : «
Si dieu le permet, si la destinée le permet, si c'est mon destin... » ce qui
permet de clore ce chapitre par ce fameux destin qui hante la plupart des films de
Carné, ce destin
ressemblant fort à la fatalité tel le personnage joué par
Jean Vilar dans «
les Portes de la Nuit ».
Carné, vous avez dit Carné, de Jean-Denis Bonan (30'13) - 1994
Ce deuxième documentaire complète le premier en donnant la parole à deux "spécialistes" de
Carné et à certains comédiens et collaborateurs du réalisateur.
François
Forestier, journaliste au Nouvel Observateur, s'en sort plutôt bien en insistant sur le fait que de "
Drôle de Drame" aux "
Enfants du Paradis",
Carné
a accumulé une suite inégalable de chefs d'oeuvres avec des sources d'inspiration différentes, cas quasi unique dans l'histoire du cinéma. Nous rajouterons qu'il faut
avoir à l'esprit que
Carné les a tous filmés dans un espace de huit ans alors qu'il était âgé de trente et un ans à l'époque de "
Drôle de Drame" et de
trente-neuf au moment de la sortie des "
Enfants du Paradis" !! Quel réalisateur au monde peut se targuer d'un tel exploit ?
Jean-Pierre Jeancolas est quant à lui un historien reconnu, spécialiste du cinéma français des années 30. À ce titre, il affirme qu'il y a "
un goût Carné, une
plastique Carné, une esthétique Carné et que par conséquent Carné est bien évidemment un auteur " réponse à certains critiques qui soutiennent que
Carné
n'était qu'un simple metteur en image des scénarios de
Prévert (sous-entendu n'importe quel tâcheron avec la même équipe et le même scénario en aurait fait
autant).
Jeancolas met en valeur l'influence de ces chef opérateurs berlinois qui ont fuit le nazisme (
Curt Courant avec «
Le Jour se lève »,
Eugen Shufftan avec «
Quai des Brumes » sur la lumière (noire, anguleuse) caractéristique du «
réalisme poétique » de
Carné ou plutôt
faudrait-il dire «
fantastique social » terme que lui préfère
Carné d'après
Mac Orlan. On y croise également
Michèle Morgan,
Annie Girardot
ou bien
Jean Gabin dans une scène d'archive où il explique que
Carné «
a toujours tout fait pour le cinéma, jamais pour le pognon ». C'est un fait
rarement souligné que
Carné, s'il a tourné peu par rapport à un
Duvivier (qui avait il est vrai débuté plut tôt) n'a quasi jamais réalisé de films de
commandes à des fins financières ce qui donne à sa carrière une certaine cohérence et une certaine intégrité.
Bien sûr certains de ses films sont inégaux, souffrant d'erreurs de casting ou d'un traitement cinématographique parfois académique, mais il est indéniable que
Carné est toujours resté fidèle à ses valeurs et à sa sensibilité proche du peuple, de ses origines de fils d'ébéniste.
Le documentaire se poursuit avec le témoignage du chef opérateur
Henri Alekan qui insiste sur le souci que
Carné apportait à la composition du cadre plus
qu'à la lumière où il laissait là une plus grande liberté à ses chef opérateurs.
Alekan avoue que
Carné était très exigeant, très dur sur le plateau,
mais le résultat à l'image lui fait avouer «
qu'au fond, il avait raison ».
Alekan était assistant sur «
Drôle de Drame », «
Quai des Brumes »
avant d'être le directeur de la photo de «
La Marie du Port » (1950) et surtout «
Juliette ou la clef des songes » (1951), le film préféré de
Carné,
l'un de ses plus beaux.
Marcel Carné, fragments et anecdotes, de Variety Moszynski (34'52) - 1994
Le dernier documentaire de ce DVD est le plus attachant car il s'agit d'une sorte de « making of » du premier documentaire. Tourné principalement chez
Carné à
Saint-Germain des Près et au Musée de Montmartre. On le voit au naturel, hors caméra, qui ne peut s'empêcher de donner des conseils au réalisateur sur la manière de
filmer tel plan ou de s'insurger contre un autre qui ne veut rien dire ! C'est l'occasion de voir débarquer son fidèle ami
Roland Lesaffre, le scénariste
Didier
Decoin ou bien
Michèle Morgan dans un grand hôtel parisien.
Carné y apparaît comme un vieux monsieur en forme et très alerte, un peu étourdi par
moments par toute cette agitation autour de lui, toujours soucieux de rétablir la vérité, comme celle qui le lie à
Prévert quand il s'exclame : «
pourquoi dit-on toujours Carné-Prévert et
pas Grémillion-Prévert, Delannoy-Prévert ? ».
Lorsque plus loin il affirme, en parlant de
Gabin et de
Jean-Louis Barrault, que «
le talent est étale
et le génie pointe », on ne peut s'empêcher de penser qu'effectivement
Carné au début de sa carrière a eu du génie et qu'il serait bien que les cinéphiles ne l'oublient pas.
Le film s'arrête sur cette dernière image de
Carné sortant du musée et descendant cette petite rue Cortot à Montmartre aidé de sa canne, nous tournant le dos.
Marcel Carné mourut deux ans plus tard. C'était il y a 10 ans. Qui s'en souvient ?
CONCLUSION
Pour résumer,
MK2 sort l'édition définitive d'
Hôtel du Nord, rendue indispensable par l'abondance de ses bonus qui permettent de mieux comprendre
pourquoi ce petit bonhomme, le «
môme » comme l'appelait le père
Gabin, est devenu l'un des plus grands cinéastes français.
Seule ombre au tableau, l'absence de sous-titres, ne serait-ce que pour les malentendants. Il aura fallu aux anglophones attendre jusqu'au mois d'avril 2006 pour
découvrir une édition dvd avec sous-titres anglais (édité par
Soda Pictures) de ce classique du cinéma français.
Remerciements à l'Equipe de
MK2 responsable de cette belle édition collector :
1 -
Claire DORNOY : directrice de production des éditions MK2.
2 -
Philippe TRUFFAULT : réalisateur du DVD.
3 -
Serge TOUBIANA : conseiller éditorial.
4 -
Claire BARACHET : chef de projet DVD.
5 -
Anna Sibaï : documentaliste.
6 -
Jean-Baptiste Péan et
Alexandre Jalbert : attachés de presse.
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