La rétrospective Marcel Carné à la Cinémathèque de Toulouse (du 5 au 30 décembre 2006)

 

Revoir Carné (du 05 au 30 décembre 2006) rétrospective intégrale, exposition, table-ronde

l’éditorial de Natacha LaurentRevoir Carné par Franck Lubetla programmationl’expositionrenseignements pratiques

La cinémathèque de Toulouse vous a offert une vingtaine d’invitations pour cette rétrospective Marcel Carné. Un grand merci à toute l’équipe.

 

L’Editorial de Natacha Laurent

Revoir Carné. Ou plus exactement porter un autre regard sur ce cinéaste que l’on a très souvent associé à Jacques Prévert. La collaboration de ce célèbre tandem dura plus de dix ans et donna effectivement lieu à des films essentiels de l’histoire du cinéma français, comme Le Quai des Brumes ou Les Enfants du Paradis par exemple. Certes, elle joua un rôle central dans l’émergence du réalisme poétique, auquel le nom de Carné reste définitivement attaché. Mais elle contribua également à occulter la part décisive qu’eurent les décors et le modelage de la lumière dans la genèse de l’œuvre de Marcel Carné.

A l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, la Cinémathèque de Toulouse a donc souhaité rassembler les films de ce grand cinéaste. Pour les découvrir tous ensemble, pour les revoir et, en quelque sorte, les embrasser sans ce prisme du scénario que l’on a trop souvent convoqué pour les regarder. Nous aurions voulu pouvoir vous proposer une rétrospective intégrale de l’œuvre de Marcel Carné. Malheureusement, et malgré le concours amical des principales archives européennes avec lesquelles nous collaborons régulièrement, quelques titres font défaut. Tout simplement, et aussi incroyable que cela puisse paraître, parce que certains films de Marcel Carné ne sont plus disponibles pour une projection sur support pellicule. Une telle programmation est aussi l’occasion de mesurer le travail qui reste encore à faire au monde des archives en terme de conservation, de restauration et d’accès public au patrimoine cinématographique.

Deux rendez-vous importants marqueront ce dernier mois de l’année : une table-ronde le 5 décembre à la librairie Ombres Blanches à l’occasion du dossier spécial que la revue Positif consacre à Marcel Carné, et un métier de cinéma éblouissant, le 12 décembre, avec Bruno Nuytten, directeur de la photographie et cinéaste, qui viendra nous livrer ses secrets de magicien….

Natacha Laurent, Déléguée générale de la Cinémathèque de Toulouse.

Revoir Carné par Franck Lubet

L’original de ce texte se trouve sur le site de la Cinémathèque de Toulouse ici.

Revoir Carné, c’est d’abord le plaisir de retrouvailles.
Cette excitation mêlée d’appréhension quand on retrouve un vieil ami que l’on croyait perdu de vue. On hésite un petit peu, on se demande comment on va le retrouver, si le temps a accompli son œuvre ravageuse, si nous-mêmes nous n’avons pas trop changé… Nos chemins se sont séparés il y a bien longtemps et on ne sait plus très bien si l’on a encore des choses à se dire. On se souvient s’être quittés sur une certaine politique des auteurs, un de ces sujets qui fâchent dans les repas de famille. Avec le recul, on finit par se dire que l’on a peut-être été un peu trop borné, un peu berné aussi. On se dit que l’on n’a pas su regarder plus loin que l’air du temps.
Alors on se laisse aller à plonger un peu plus profond dans nos souvenirs, et c’est le bon vieux temps qui nous revient, en perles de flashs-back, comme ces bouquets de bulles d’air restés prisonniers d’un fond et qui remontent parfois à la surface d’un lac pour éclore en ondes. Des visages et des figures que l’on croyait effacés et qui sont restés des personnages inoubliables : Gabin, Morgan, Arletty, Jouvet, Simon, Barrault… Des mots qui font tellement partie de notre inconscient collectif que l’on n’en avait plus conscience : la poésie des dialogues de Prévert, ceux incisifs de Jeanson… Petit à petit les pavés humides luisent à nouveau à travers la brume et, envoûté par la musique de Kosma, sous les éclairages sombres de Schüfftan ou Courant, on finit par arpenter en songe les décors plus vrais que nature de Trauner, du canal Saint-Martin jusqu’au métro Barbès en coupant par le Boulevard du crime. Tout à coup Le Jour se lève et, descendus de l’Hôtel du Nord sur Le Quai des brumes, Les Enfants du Paradis comme des Visiteurs du soir, nous assaillent avant que Les Portes de la nuit ne se referment. Drôle de drame. Tout à coup on repense à tous ces grands films devenus des classiques du cinéma français.
Tout à coup on a envie de faire sienne une phrase que Truffaut, un de ses plus virulents détracteurs, prononça en 1980 : ce que nous aimions dans les films de Carné s’améliore avec les années, et ce que nous n’aimions pas n’a plus d’importance. L’envie de revoir Carné se fait alors pressante et, pour peu, on en viendrait même à verser dans la nostalgie ou dans le rattrapage du temps perdu ou oublié, des films que l’on n’a pas vus ou plus vus. Sauf que.

Sauf que, passés les premiers émois et accolades, les retrouvailles sont en général l’occasion de faire le point, de s’interroger, de revenir sur le passé pour envisager l’avenir : où en sommes-nous, quel chemin avons-nous parcouru respectivement, pour aujourd’hui aller où ? Revoir Carné, c’est alors l’occasion de laisser de côté les vieilles querelles de critiques : qui de Prévert ou Carné est l’auteur ? « Quand on prend un ascenseur Roux-Combaluzier, cherche-t-on à savoir si Roux est responsable de la montée et Combaluzier de la descente ? » répondrait Bernard-G. Landry ; auteur ou metteur en scène sachant s’entourer de talents ? « Il ne me déplairait pas d’être John Ford… » pour reprendre la fin d’un article de Jeanson consacré à la question. Point. Restons-en là. Carné est un cinéaste, « un cinéaste qui pense en images, dont l’acuité visionnaire parvient à saisir, plus discrètement mais tout aussi subtilement que Prévert, la couleur même d’une époque » écrira Noël Herpe (Positif n°431) dans ce qui restera l’analyse la plus juste de l’œuvre carnésienne. Saisir une époque, c’est bien là le talent de Carné : « si subtils sont ses dons d’observation qu’il arrive à donner dans un milieu faux (les décors recréés en studio), à l’aide de personnages miraculeusement saisis sur le vif, une interprétation de la vie plus vraie que la vie », comme il l’écrivait lui-même en 1933 à propos de René Clair dans Quand le cinéma descendra-t-il dans la rue ?, un article pour Cinémagazine qui prenait des accents de profession de foi.
Saisir son époque ; dès son premier film, Nogent, eldorado du dimanche (1929), réalisé seul et paradoxalement tout en extérieur, un documentaire projeté à l’époque au studio des Ursulines entre un film scientifique de Painlevé et un film surréaliste de Man Ray (tout un symbole, peut-être la meilleure définition du réalisme poétique de Carné). Se saisir de son époque, le cinéma. D’abord à travers la critique de cinéma avec des textes fondateurs, Quand le cinéma descendra-t-il dans la rue ?, ou encore La caméra, personnage du drame (1929). En débutant en 1936 (Jenny) avec ce qui deviendra l’Âge d’or du cinéma français (1935-1945) qu’il contribuera à forger (Renoir ou Duvivier avaient débuté avec la fin du muet). Bref, se saisir de son époque avec le cinéma : la qualité de Carné, son atout et sa faiblesse. Les rendez-vous réussis de ses films d’avant et pendant la guerre, à travers l’atmosphère desquels le public se retrouvait.

Les rendez-vous ratés de ses films d’après-guerre, dans lesquels la France ne voulait plus se reconnaître, « au moment même où s’affirmaient la cohérence d’une vision personnelle et une très fine observation de la France d’après-guerre. » (Noël Herpe). Une question de rendez-vous. Ratés, trop tôt (Drôle de drame) ou trop tard (Les Portes de la nuit). D’une extrême ponctualité comme en état de grâce (Quai des brumes, Le Jour se lève, Les Enfants du Paradis), comme Giraudoux disait : « à certains moments, ce n’est pas l’auteur qui choisit ses sujets, mais ses sujets qui le choisissent ». Des rendez-vous, comme autant de films qui seraient les marqueurs d’une frise sur le cinéma classique français. Et cette notion de classique (« Que les inquiets se rassurent. Au cinéma, le classicisme n’est pas par-derrière, mais en avant », devait écrire Rohmer en 1949), elle est toute incarnée par Carné.
Une caméra personnage du drame, mais qui doit rester invisible ; une mise en scène jamais tape-à-l’œil. Des débuts (in)novateurs (sujets et personnages populaires quand le cinéma était plutôt enfermé dans un cadre bourgeois) tout en s’inscrivant dans une continuité (Clair et Feyder dont il fut l’assistant). Une atmosphère toute particulière et l’émergence d’une trame récurrente : l’homme aux prises avec les machinations du destin. Les chefs d’œuvre. La poursuite de cette œuvre avec les mêmes moyens devenus classiques, jusqu’à être taxé d’académisme par une jeune génération.

« Un rendez-vous manqué, cela me paraît être la définition de l’avant-garde. Et en général, les pièces d’avant-garde deviennent des classiques », écrira Jean-Louis Barrault à propos de Drôle de drame. Au risque de le contredire, Carné ne devait pas manquer son rendez-vous avec l’histoire du cinéma. Et comme devait l’écrire à son tour Godard sur le tableau noir de sa Bande à part : Moderne = Classique. Ou, si Carné faisait partie de la nouvelle vague des années 30, aujourd’hui c’est la Nouvelle Vague, estampillée Qualité française, qui est devenue classique. Affaire de cycle. Et sans réelle continuité ni rupture du cinéma français avec ce nouveau classicisme, on se demande ce que pourront bien être les classiques de demain. C’est là que Revoir Carné peut nous être utile, au-delà du simple plaisir de retrouvailles.

Franck Lubet, Rédacteur des programmes.

Pour en savoir plus :
Ma vie à belles dents (mémoires édition définitive) Marcel Carné, Paris : L’Archipel, 1996.
Marcel Carné et l’âge d’or du cinéma français 1929-1945, Edward Baron Turk, Paris : Éditions L’Harmattan, 2002.
L’Âge classique du cinéma français : du cinéma parlant à la Nouvelle Vague, Pierre Billard – Paris : Flammarion, 1995.
Le Cinéma français des années 30, Raymond Chirat, Renens : Foma – 5 Continents, 1983.
Revue Positif / Cahiers du cinéma / L’écran français / Cinémagazine :
Ces ouvrages sont consultables à la bibliothèque de la Cinémathèque.
Voir également le dossier Carné dans le numéro de Positif de ce mois de décembre

 

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Revoir Carné – la programmation – du 05 au 30 décembre 2006

Copie de la programmation de la Cinémathèque de Toulouse disponible sur leur site.

Mardi 5 décembre
Table-ronde à 18 h avec Noël Herpe, critique à Positif, et Isabelle Lacoue-Labarthe
(spécialiste de la société française des années 30 à 50 / Institut d’Etudes Politiques de Toulouse – sous réserve), en collaboration avec la librairie Ombres blanches. La rencontre sera suivie de la projection des Visiteurs du soir, présenté par Noël Herpe, à la Cinémathèque.
Librairie Ombres Blanches : 50, rue Gambetta – 31000 Toulouse – 05 34 45 53 33

18:30 – Cagliostro de Richard Oswald
20:30 – Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, Séance présentée par Noël Herpe

Mercredi 6 décembre
16:30 – Les Visiteurs du soir de Marcel Carné
18:45 – Nogent, eldorado du dimanche de Marcel Carné + Sous les toits de Paris de René Clair

Vendredi 8 décembre
18:30 – Hôtel du Nord de Marcel Carné
20:30 – Revoir Carné / Architecture et cinéma : Le Jour se lève de Marcel Carné,
Séance présentée par Jean-Luc Antonucci, architecte.

Samedi 9 décembre
14:30 – Nogent, eldorado du dimanche de Marcel Carné + Sous les toits de Paris de René Clair
18:30 – Le Jour se lève de Marcel Carné
20:30 –Hôtel du Nord de Marcel Carné

Dimanche 10 décembre
15:45 – Les Nouveaux Messieurs de Jacques Feyder
17:30 – Revoir Carné / Architecture et cinéma : Terrain vague de Marcel Carné

Mardi 12 décembre
19:30 – Le métier de cinéma / Revoir Carné :
Rencontre avec Bruno Nuytten, directeur de la photographie et cinéaste.
21:00 – Le métier de cinéma / Revoir Carné : Quai des brumes de Marcel Carné,
Séance présentée par Bruno Nuytten.

Mercredi 13 décembre
16h30 Hôtel du Nord de Marcel Carné
18h30 Les Nouveaux Messieurs de Jacques Feyder
20h30 Les Tricheurs de Marcel Carné

Jeudi 14 décembre
18h30 Terrain vague de Marcel Carné

Vendredi 15 décembre
18h30 Les Tricheurs de Marcel Carné
20h30 Jenny de Marcel Carné

Samedi 16 décembre
14h30 Trois chambres à Manhattan de Marcel Carné
18h30 Jenny de Marcel Carné
20h30 Thérèse Raquin de Marcel Carné

Dimanche 17 décembre
17h30 Les Portes de la Nuit de Marcel Carné

Mardi 19 décembre
18h30 Thérèse Raquin de Marcel Carné
20h30 Les Portes de la nuit de Marcel Carné

Mercredi 20 décembre
16h30 Thérèse Raquin de Marcel Carné
18h30 Le Pays d’où je viens de Marcel Carné
20h30 Drôle de drame de Marcel Carné

Jeudi 21 décembre
18h30 L’Air de Paris de Marcel Carné
20h30 Le Grand Jeu de Jacques Feyder

Vendredi 22 décembre
18h30 Le Grand Jeu de Jacques Feyder
20h45 Drôle de drame de Marcel Carné

Samedi 23 décembre
14h30 L’Air de Paris de Marcel Carné
19h30 Les Enfants du Paradis de Marcel Carné

Mardi 26 décembre
18h30 Drôle de drame de Marcel Carné
20h30 Pension Mimosas de Jacques Feyder

Mercredi 27 décembre
16h30 Pension Mimosas de Jacques Feyder
19h30 Les Enfants du Paradis de Marcel Carné

Jeudi 28 décembre
18h30 Pension Mimosas de Jacques Feyder
20h30 La Kermesse héroïque de Jacques Feyder

Vendredi 29 décembre
18h30 Quai des brumes de Marcel Carné
20h30 La Kermesse héroïque de Jacques Feyder

Samedi 30 décembre
14h30 La Merveilleuse visite de Marcel Carné
20h30 Quai des brumes de Marcel Carné

Comme l’explique Natacha Laurent dans son éditorial, manque à l’appel de cette rétrospective quasi-intégrale les films suivants : Juliette ou La Clef des Songes (1951), Du Mouron Pour Les Petits Oiseaux (1961), Les Jeunes Loups (1968), Les Assassins de L’ordre (1971).

Vous pouvez retrouver des photos de ces films dans notre rubrique « photographies » en passant par notre menu.

 

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Revoir Carné – l’exposition

Marcel Carné

Ses films connus et célébrés comme autant de classiques du cinéma français. Mais aussi ses films-flops, censurés, non finis, ses projets avortés. Au travers d’affiches, de photos, et de documents publicitaires, toute la carrière du réalisateur évoquée par l’image.

Une exposition réalisée à partir des collections de la Cinémathèque de Toulouse.
– Du 7 novembre 2006 au 7 janvier 2007 –

Les expositions présentées dans le hall sont accessibles pendant les horaires d’ouverture (entrée libre).
Du mardi au samedi de 14 h à 22 h, le dimanche de 14 h à 19 h.

une affiche japonaise des Tricheurs exposée à Toulouse.

 

Renseignements Pratiques

Pour le plan d’accès de la cinémathèque de Toulouse, cliquez ici.

La Cinémathèque de Toulouse
69, rue du Taur
31080 Toulouse
Tél. 05 62 30 30 10
Fax 05 62 30 30 12

Bus
Place Jeanne d’Arc
Bus 40, 59, 61, 70, 71, 74, 75, 76
Boulevard d’Arcole
Bus 1, 10, 16, 59, 60, 61
Rue d’Alsace-Lorraine
Bus 10, 22, 24, 38

Parkings
Capitole, Arnaud Bernard ou Jeanne d’Arc

Pour connaitre les différents tarifs, c’est par ici.

Les séances –
Plein tarif : 5 euros
Tarif réduit (étudiants, chômeurs, seniors) : 4.50 euros
Forfait 10 séances : 40 euros
Tarif Adhérent et Cinéphile : 3.50 euros
Carte Cinéphile* : 25 euros

Pour connaître les films et les horaires des séances, appeler le répondeur programmes : 05 62 30 30 11.

 

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