« L’air de Paris sera toute ma jeunesse » par Roland Lesaffre (in. Ring 1953)


Cet article est paru dans la revue mensuelle Ring n°57 en Octobre 1953

– Cet article fait partie d’une série de documents que m’a remis Roland Lesaffre (1927-2009) –

Il s’ajoute à la liste d’articles que nous avons déjà mis en ligne en son hommage, lui l’ami fidèle de Marcel Carné, décédé le 03 février 2009.


Marcel Carné (à gauche), le scénariste et dialoguiste Jacques Sigurd et le jeune premier Roland Lesaffre ont assisté à la victoire de Louis Carrara devant Cicarelli sur le ring de la salle Wagram.

***

Sous la direction de Marcel Carné, avec lequel je viens de terminer Thérèse Raquin, je vais enfin tourner un film de boxe… Je touche à la réalisation d’un vieux rêve.

Depuis mes débuts au cinéma qui datent de 1950, j’ai souhaité en effet jouer un rôle dans un film sur la boxe, un vrai… C’est chose faite maintenant. Le dialoguiste Jacques Sigurd et Marcel Carné mettent la dernière main à un scénario de Jacques Viot. Tous deux, depuis quelques semaines, fréquentent assidûment salles de boxe et d entraînement pour se mettre tout à fait dans l’ambiance de leur nouveau film dont le titre provisoire est L’Air de Paris. Le premier tour de manivelle sera donné à la mi-janvier ; Jean Gabin sera le manager, Arletty sa femme, et moi le boxeur ; Françoise Arnoul, Folco Lulli, l’extraordinaire italien du Salaire de la peur, seront probablement de la partie eux aussi.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je me réjouis tant d’avoir obtenu ce rôle de pugiliste, petit boxeur amateur que son manager veut pousser aux portes du championnat du monde ? Eh bien ! tout simplement parce que je fus autrefois — et il n’y a pas si longtemps car je n’ai encore que 26 ans — passionné de sport pugilistique, un authentique espoir de la boxe.

Né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand, ma jeunesse ne fut pas très heureuse. Jusqu’à l’âge de 16 ans et mon entrée à la Marine, j’ai traîné d’orphelinats en camps de jeunesse. Mais le goût du sport m’était venu très jeune. La natation, le football et plus tard la boxe et l’athlétisme eurent mes préférences.

En boxe, j’ai débuté à 15 ans dans le Limousin, à Rochechouart, puis j’ai continué à Brive. Dès 1944, à Alger, je devenais champion de la Marine des poids légers, champion militaire d’Afrique du Nord et participais aux Jeux Interalliés de Rome.

C’est à cette époque que je connus Marcel Cerdan, camarade de chambrée de la base navale d’Alger, et Jean Gabin lui aussi mobilisé dans la Marine. Sélectionné l’année suivante pour les Jeux Interalliés d’Alger, en 1946, j’effectuais le tour du monde avec le croiseur L’Emile-Bertin et accédais à la finale des Jeux d’Extrême-Orient (Singapour).

Affecté en 1947 au Ministère de la Marine comme moniteur d’éducation physique, je revins à mon club d’origine, le B.C. de Brive, et signais au Ring Montparnasse de Roger Michelot.

Je me souviens notamment avoir boxé en juin de cette année-là au stade Roland-Garros en lever de rideau de la revanche : Dauthuille-Degouve, battu aux points par Collet (prof. Gandon).

En 1948, en dépit d’excellents résultats : champion de France de la Marine des poids welters, sélections aux Championnats civils et militaires, stage à Joinville avec les « pré-olympiques », par suite d’une main fracturée je renonçais à la boxe pour me consacrer entièrement à l’athlétisme.

Mon meilleur titre de gloire en ce domaine fut probablement le temps de 50″ 3/10 au 400 m. plat réalisé en juillet 1949 et qui me permettait de devenir champion et recordman de la Marine et aussi international militaire.

Redevenu civil, je participais en 1950 avec le Racing à quelques challenges et relais mais mon métier d’acteur ne me permettait plus de consacrer au sport le temps que j’aurais voulu. Le cinéma exige beaucoup. Et je renonçais aussi à l’athlétisme.

Vous comprenez pourquoi je suis heureux, aujourd’hui, d’avoir la chance, grâce au prochain film de Marcel Carné, de renouer avec un sport auquel je dois les meilleures joies de ma jeunesse.

(Recueilli par Raymond MEYER.)


Puis le célèbre metteur en scène, qui va tourner bientôt un film sur la boxe, a poursuivi ses visites de documentation en assistant à l’entraînement de Jimmy King salle Oquinarena.


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2 Commentaires

  1. Hély
    Publié le 21 octobre 2013 à 21 h 51 min | Permalien

    Bonjour,

    Je suis le fils du boxeur Jimmy King. Je ne l’ai pas connu et l’habite en France. Auriez-vous quelques informations à son sujet ?

    Merci beaucoup !

    Bien cordialement

    Thierry Hély

  2. webmaster
    Publié le 27 octobre 2013 à 12 h 51 min | Permalien

    Désolé monsieur. Je n’en sais pas plus. J’espère que vous trouverez via d’autres personnes d’autres informations.
    Bien à vous.
    Philippe M.

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