1959 – article paru dans Nous Deux


Article paru dans le numéro 24 du mensuel Nous Deux le 15 mars 1959

JEAN-LOUIS BARRAULT hallucinant successeur de « Deburau »

JEAN-LOUIS BARRAULT, l’une des plus curieuses personnalités de notre écran, est aussi un original. Si vous lui demandez sa date de naissance, il répond par un rébus :
Je suis venu au monde le même jour que la Sainte Vierge et Alfred Jarry, mais l’année de l’inondation…

Il se destinait à l’agronomie et fut ainsi un des pensionnaires les plus assidus du collège Chaptal. Après avoir passé ses bachots latin-sciences et mathématiques élémentaires, il dut gagner sa vie. Époque héroïque : il devint revendeur aux halles, comptable chez Lefranc, pion à Chaptal où il retourna sans joie. Déjà, il est dévoré par le démon du théâtre, la science des attitudes, le goût de la mise en scène.


C’est l’époque glorieuse où Dullin règne sur les jeunes cerveaux épris d’art. Il lui écrit. Charles Dullin le convoque et a vite fait de reconnaitre en lui une bête de théâtre.

Jean-Louis quitte le collège, définitivement cette fois, pour suivre les cours de son nouveau maitre. Pour subsister, il fera tout à l’Atelier : régisseur, machiniste, il lui arrivera même de balayer le plateau.

Avec ses économies, il monte une pièce. C’est un four noir qui ne le décourage pas. Marc Allégret, toujours à la recherche de visages neufs, lui confie un rôle de second plan dans Sous les yeux de l’Occident. Ensuite viennent Hélène et les Beaux Jours.


En 1937, déjà connu et apprécié, il monte Numance au théâtre Antoine. C’est le premier maillon d’une chaîne de succès qui amène Barrault de l’Atelier à la Comédie-Française puis au Palais-Royal où il fait triompher cette saison La Vie Parisienne et Paul Claudel !

Mais il y a dix ans le cinéma l’accaparait…
Dans les Enfants du Paradis, Jean-Louis Barrault ressuscite la figure la plus attachante de notre théâtre de mime : celle de Charles Deburau, cet homme triste qui faisait rire les autres.


Jean-Louis Barrault, est un adepte du mime « par goût, dit-il, de l’expression corporelle ».
Je m’intéresse au mime depuis toujours, depuis mes débuts à l’Atelier. Jacques Copeau remit cet art en question. Toute la compagnie des Quinze, au Vieux-Colombier, partageait son enthousiasme. Suzanne Bing, puis Etienne Decroux, rencontrés là-bas, m’ont fait travailler avec eux. Decroux a trouvé en moi un émule, même quand ma vie, plus dispersée entre le théâtre et le cinéma, ne me permit pas de me consacrer comme lui uniquement à la pantomime. On peut exprimer par le corps, même avec un masque, des sentiments d’une richesse infinie, équivalant à celle du texte. Voyez donc les extraordinaires résultats obtenus par Charlot.
En introduisant la pantomime sur scène, explique encore Barrault, on n’innove pas, on restaure une partie oubliée du théâtre. On la restaure sans nier naturellement la valeur du verbe. Les lois sont les mêmes, d’ailleurs dans la diction et le mime. Il y a déplacement du muscle au lieu du déplacement de la voix. A l’extrémité verbale de la diction existe le poème, comme à l’extrémité de l’expression corporelle existe la danse. Car, dans la pantomime, ce n’est pas seulement le visage qui joue, mais le corps entier.


Depuis sa création extraordinaire dans Les Enfants du Paradis, Jean-Louis Barrault a abandonné le cinéma pour se consacrer à sa compagnie théâtrale. Mais il va y revenir en faisant une adaptation du Château de Kafka.

Jean-Louis Barrault dans La Vie Parisienne avec Madeleine Renaud et leur fils Jean-Pierre Granval


Haut de page


Share

Publier un commentaire

Votre email n'est jamais diffusé. Les champs obligatoires sont identifiés par *

*
*

*

This site is protected by WP-CopyRightPro