« Deux sur une balancoire » Annie Girardot et Jean Marais (Cine-Revelations 1959)

 

« Jean Marais et Annie Girardot ou deux sur la balançoire des questions identiques » par Simone HUINH

Article paru dans le numéro 250 du magazine Ciné-Révélations daté du 15 janvier 1959-

Deux sur la balançoire est une pièce écrite par William Gibson adaptée par Louise de Vilmorin qui fut mise en scène en 1958 au théâtre des Ambassadeurs par le grand metteur en scène italien Luchino Visconti.

Annie Girardot triomphera dans cette pièce et Luchino Visconti la dirigera à nouveau cette fois-ci au cinéma en 1960 dans le fameux Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli).

Vous pouvez voir l’affiche de la pièce sur le site Regie Theatrale.com en cliquant ici et une photo d’Annie Girardot dans cette pièce sur le site de Paris Match.

Un extrait de la pièce en vidéo (Youtube).

Pour finir grâce à l’INA, voici un document exceptionnel du journal télévisé du 01 janvier 1959.

Annie Girardot est interviewée par Lise ELINA sur la scène du Théâtre des Ambassadeurs, dans le décor de la pièce « Deux sur la balançoire », conçu par Luchino VISCONTI qui en également fait la mise en scène.

Elle parle de sa vocation théâtrale très précoce et résume sa carrière jusqu’à aujourd’hui. Elle est devenue élève du centre d’art dramatique dirigé par Jean MEYER, puis est entrée au Conservatoire et à la Comédie Française qu’elle vient de quitter. (le lien direct sur le site de l’INA)

-NDLR-

 

Une des pièces à succès de la saison parisienne « Deux sur une balançoire » a pour interprètes Jean Marais et Annie Girardot.
Deux grands comédiens qui forment un merveilleux couple de théâtre, qui ont en commun la passion de leur métier, qui appartiennent à la même race des authentiques monstres sacrés…

Dans la loge d’Annie Girardot — c’était avant la représentation — un seul visiteur, son fiancé metteur en scène Norbert Carbonnaux. Sur fond de musique douce, Annie, en jupe noire et chemisier de cachemire, dinait et se reposait en attendant le moment d’entrer en scène avec un rien de nervosité et pourtant, avec ce rôle, elle a gagné ses galons de vedettes.
Chez Jean Marais, au contraire, on se bousculait : quelques amis, une foule d’admiratrices venues témoigner bruyamment leur enthousiasme et quémander un autographe. C’était l’heure de la détente et celle du triomphe après la représentation.

 

Première question. — Quels sont les rôles qui vous ont apporté le plus de satis­faction ?
A. Girardot : Au théâtre, ceux de La Machine à écrire et Deux sur la Balan­çoire. A l’écran : L’Homme aux clés d’or, Maigret, Le Désert de Pigalle.
Jean Marais : D’abord, ceux que m’a offerts M. Cocteau : Orphée, La Belle et la Bête, Les Parents terribles… et d’autres aussi, comme celui que j’avais dans Aux Yeux du Souvenir.

 

Deuxième question. — Comment les choi­sissez-vous ? Les préférez-vous sympathi­ques ?
A.G.: Antipathiques ou sympathiques, cela m’est égal pourvu qu’ils aient quelque chose à dire. D’ailleurs, les personnages antipathiques ne me déplaisent pas, parce qu’ils sont généralement malheureux.
J. M. : Je choisis les œuvres plus que les rôles, — et je ne recherche pas les rôles sympathiques même si ce sont plutôt ceux-là qu’on me donne.

 

Troisième question: — Avez-vous un vio­lon d’Ingres ?
A. G. : Je n’en ai pas encore le temps. Je me contente (il y a longtemps que je ne joue plus du piano), d’écouter la musi­que que j’aime et de conserver des photos-souvenirs.
J. M. : La peinture, portraits ou paysa­ges, mais je voudrais avoir le temps de m’intéresser à tous les arts.

 

Quatrième question. — Comment passez-vous vos meilleures vacances ?
A. G. : A la mer et au soleil je nage, je dors et je lis.
(Entre Mme Refoulé, directrice du théâtre qui félicite son interprète pour les critiques obtenues et annonce que les recettes laissent prévoir qu’Annie ne prendra pas de vacances prochainement !)
J. M. : Je peins, je lis, je nage ou je skie selon la saison.
(Entre une jeune personne surnommée Spoutnik, camarade de ski de Jean Marais qui regrette d’apprendre que le succès de la pièce lui interdira d’aller à Val-d’Isère cette année !)

 

Cinquième question. — Avez-vous des superstitions
A. G. : Je ne suis pas vraiment supers­titieuse — j’aime le vert — mais je ne ferais jamais de mal à quelqu’un, car j’aurais peur que cela me retombe dessus.
J. M. : Aucune, car c’est une faiblesse. Mais j’ai d’autres faiblesses : ainsi je suis un peu poire !

 

Sixième question. — Quels sont selon vous votre principale qualité et votre princi­pal défaut ?
A. G. : Mes qualités. je les ignore. Peut-être l’enthousiasme. Quant à mon prin­cipal défaut, c’est sûrement la timidité : elle me fait passer pour lointaine et indif­férente et elle me gêne beaucoup.
J. M. : Ma qualité, c’est de voir mes défauts, car j’en ai beaucoup. J’essaie de m’en corriger et c’est passionnant. Je m’ennuierais à mourir si je n’avais pas de défauts !

 

Septième question. — Si vous aviez trois voeux à formuler ?
A. G. : Le premier serait de trouver un appartement ; le second, d’avoir tou­jours la chance, qu’on me propose de bons rôles au cinéma et au théâtre ; le troi­sième, que les êtres auxquels je tiens soient heureux car je ne pourrais pas l’être sans eux.
J. M. : Alors là, je lui demanderais… de m’accorder le génie, même méconnu, dans tous les arts et je n’aurais pas besoin des deux autres voeux. En attendant, je me contente de ce que je sais faire et cela m’amuse aussi !

 

Huitième question. — Que redoutez-vous ?
A. G. : Je ne sais pas… peut-être la mort, et en tout cas, d’avoir une vie inutile.
J. M. : La bêtise et la méchanceté car contrairement à ce que l’on pense, cela va généralement ensemble. Et je les re­doute également en moi.

 

Neuvième question. — Quels sont vos projets ?
A. G. : Pas d’autres que celui de jouer cette pièce le plus longtemps possible.
J M. : Rien. car je ne tourne jamais quand je fais du théâtre.

 

Dixième question. — Que pensez-vous de Jean Marais ?
A. G. : Que c’est un être plein d’une fraicheur rare et un camarade d’une gen­tillesse extrême. Il m’a apporté pour la première fois où je jouais avec lui un appui solide et je l’en remercie.
(Jean Marais n’était pas là.)
— Que pensez-vous d’Annie Girardot ?
J. M. : Quelle est admirable sur scène. Sensible et charmante dans la vie. J’ai un énorme plaisir à jouer avec elle.
(Annie Girardot n’était pas là.)

Simone HUINH

 

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