1971 – Entretien avec J. V.Cottom (Ciné Revue)


Entretien paru dans le numéro 38 de Ciné Revue le 23 septembre 1971 par J. V.Cottom

Marcel Carné : « Le cinéma français est tombé bien bas »

Des quarante films présentés au Festival de Venise, « Les assassins de l’ordre » fut un de ceux qui fut le plus applaudi par le public. A la fois sans doute pour le courage avec lequel il dénonce certaines pratiques policières et aussi pour son réalisateur, Marcel Carné qui, présent dans la salle, fut l’objet d’un hommage officiel qui récompensait une carrière riche en chefs-d’oeuvre et qui fait honneur au cinéma français.

Ce cinéma français qui va très mal, ainsi que devait nous le dire Marcel Carné dans l’interview exclusive que vous pourrez lire ci-dessous…

A soixante-deux ans, Marcel Carné, on va le voir, n’hésite pas à dire son fait à certains producteurs, à quelques-uns de ses confrères et, aussi, à plusieurs vedettes. La sincérité et le ton volontiers sarcastique de ces déclarations feront sans doute grincer bien des dents. Mais vu la personnalité de l’auteur de « Quai des Brumes », nous n’avons pas voulu atténuer ne fût-ce qu’un peu, la portée et l’impact de cette retentissante interview…

Certains, dont René Clair je crois, vous ont reproché de bouder le Festival de Venise…
– Moi? Mais cela doit bien faire la sixième fois que je viens à Venise! Je suis venu cinq fois : une fois pour mon plaisir et j’ai présenté quatre de mes films qui ont eu chaque fois quelque chose. Par exemple, « Quai des Brumes » a eu le prix de le mise en scène, « Thérèse Raquin » a eu un Lion , Gabin a eu le prix d’interprétation pour « L’air de Paris » et Annie Girardot aussi pour « Trois chambres à Manhattan » Par contre, j’ai moins été à Cannes où j’ai d’ailleurs été moins heureux.

Non, j’aime les Festivals. C’est normal non ? puisque j’y ai eu des prix ? Mais remarquez que cela ne m’empêche pas de penser qu’un Festival, c’est beaucoup mieux lorsqu’il n’y a pas de compétition. Je trouve que l’atmosphère reste plus cordiale, sans basse jalousie ni envie, et que l’on trouve presque toujours des injustices dans les palmarès. D’abord le goût des jurés n’est pas forcément excellent; ils peuvent se tromper et il peut se produire le cas que deux films de qualité égale soient en présence. Or, comme l’on ne peut en couronner qu’un, l’autre va forcément en pâtir. Je peux en parler en connaissance de cause puisque j’ai été président du jury du Festival de Berlin, il y a sept ou huit ans. Cette année-là, le jury aurait voulu ne pas décerner de Grand Prix. Or, comme le règlement prévoyait qu’il le fallait absolument, nous avons donc été contraints de couronner un film de qualité très estimable mais qui n’était pas un Grand Prix.
(Marcel Carné n’a été président du jury du festival de Berlin qu’en 1956 et non en 1964 ou 1965 comme il le prétend. L’Ours d’Or avait été attribué au film de Gene Kelly « Invitation à la Danse« .NDR)

Non, je suis opposé à la compétition. Mais à condition que le nombre de films soit très limité. Il ne faut plus choisir des films pour des raisons purement diplomatiques. Je ne veux pas faire la moindre peine à mon grand ami Rondi mais, ici à Venise, il y a infiniment trop de films. Pour quinze jours de Festival, on a sélectionné officiellement quarante films. C’est beaucoup trop. Trois films par jour! Une certaine lassitude s’empare du public et il est certain que le dernier film de la soirée souffrira un peu de la projection des deux précédents…


« Un certain cinéma sanglant »

Pour en revenir aux Grands Prix, prenons l’exemple de « Mash » l’an passé à Cannes. Il est certain que s’il n’avait pas eu le Grand Prix, il n’aurait pas recueilli cet immense succès…
– Remarquez qu’il peut y avoir des esprits qui regrettent que ce film a fait une carrière pareille. Moi, personnellement, je n’aime pas ce genre de films. L’exemple que vous avez choisi est donc assez discutable car le président du jury de Cannes lui-même s’est élevé contre ce choix. C’est précisément pourquoi je suis contre l’attribution des Grands Prix car on projette des films de genre, d’esprit, de caractère tellement différents qu’il est impossible de les comparer. J’aime les artichauts et je n’aime pas les carottes. Pourtant certains me diront que les carottes c’est meilleur que les artichauts… Moi j’avoue que si j’avais été juré, je n’aurais pas voté pour « Mash ».

Le public, pourtant, a donné raison aux jurés puisqu’il est allé voir le film en masse…
– Est-ce que le public est allé le voir pour cela ? Moi, je me souviens d’un très beau film, jadis, de Renato Castellani je crois, « Un premier amour » (1954.NDR). Un, Roméo et Juliette très, très beau. Tous les gens ont été conquis par l’actrice qui jouait Juliette (Susan Shentall. NDR) et on lui a prédit une grande carrière alors que personne n’avait remarqué l’acteur qui personnifiait Roméo. Or, l’actrice n’a rien fait et le gars c’était Lawrence Harvey. Depuis il a fait des bêtises, mais enfin il a réussi une très jolie carrière… Eh bien, ce film n’a pas fait un franc alors qu’il avait eu le Grand Prix à Venise…

L’année suivante, il y a un film japonais, je ne sais plus lequel, qui n’a pas marché non plus. Donc, cela ne veut pas dire grand chose. Je crois que c’est le goût qu’a le public pour un certain cinéma sanglant qui a fait que « Mash » a si bien marché. Le cinéma, c’est chaque fois un cas d’espèce. Chaque film est un prototype; c’est cela d’ailleurs qui rend ce métier tellement difficile et tellement onéreux. Tel film sortant à une telle époque n’aura aucun succès alors que s’il était sorti un an plus tôt (ou plus tard) il aurait fait un triomphe..

René Clair a déclaré récemment qu’à son avis il n’y avait pas de crise du cinéma…
– Il n’y a peut-être pas de crise du cinéma sur un plan international mais il est certain qu’il y a crise dans certains pays. Sur le plan artistique, le cinéma américain fait preuve d’une vitalité extraordinaire et il est évident qu’il a plusieurs années d’avance sur le cinéma européen. Par contre, le cinéma français n’est pas très brillant, lui qui produit trop de films, ce qui veut dire trop de petits films et pas suffisamment de grands films. Ce que je vais dire n’est pas en contradiction avec ce que je disais tout à l’heure mais, enfin, il y a un petit moment maintenant que le cinéma français n’a plus décroché de Grand Prix dans un festival. J’attache une importance toute relative aux prix de festivals, je le répète, mais enfin c’est une indication.

Il est certain que depuis quelques années le cinéma français ne produit plus de films importants aussi bien matériellement que, ce qui est encore plus grave, sur le plan des idées. Nous tournons des petites histoires d’adultère, ce qui peut être extraordinaire (Bergman le démontre magistralement dans « Le Lien ») mais, enfin, il est regrettable que la grosse majorité de la production d’un pays soit consacrée au triangle classique.
Non, le cinéma français tourne un peu le dos à son époque. Aucun problème véritablement important ne l’intéresse ou du moins n’a l’air de l’intéresser. Mais ce qui est plus grave, c’est que même les jeunes sont atteints par ce mal qui consiste à ne s’intéresser qu’à de petites histoires tournant autour du sexe. Manquant manifestement d’inspiration, le cinéma français, actuellement, est tombé bien bas…


Les audaces du cinéma américain

Cela tendrait-il à prouver qu’il y a pénurie de bons scénaristes ?
– Il y a un peu de cela… La littérature française manque un peu d’invention. La plupart du temps, il s’agit de romans d’analyse, très valables certes, je ne les critique pas, mais qui manquent d’originalité que ce soit dans les rapports entre personnages ou dans les milieux où se déroule l’histoire…

La France serait-elle seule touchée par ce manque d’invention ?
– Je ne peux pas me permettre de juger la littérature internationale parce que j’ignore si les livres étrangers qui paraissent en France sont les meilleurs. Mais tout de même, je ne vois pas qu’un Faulkner ait actuellement son équivalent. Cela dit quand je vois les sujets traités par le cinéma américain, je me rends compte qu’ils sont beaucoup plus audacieux et qu’ils reflètent davantage les préoccupations du moment que ne le font la littérature et le cinéma français.

Pourquoi tous ces petits films français peu onéreux ?
– Dès le début de la nouvelle vague, on a fait remarquer qu’il était question de films très bon marché. L’effet fut contraire à celui recherché car il s’agissait là d’une contre-publicité dès l’instant que l’on ne baissait pas, aussi, le prix des places. Comme on dit vulgairement, le spectateur en demande pour son argent. Dire qu’un film est formidable uniquement parce qu’il a été tourné pour une bouchée de pain, je ne sais pas si c’est tellement publicitaire. Si le film est réussi bravo, mais ce n’est pas parce qu’il a été tourné en trois semaines que les gens vont aller le voir. Ce sera peut-être un succès de curiosité auprès des membres de la profession mais je ne crois pas que ce soit un élément publicitaire considérable. Ou alors il faut que le prix de la place demandée pour un film de 300.000 F soit dix fois moins élevée que pour un film qui a coûté 3 millions…


« Les producteurs sont les grands responsables de la crise »

– A quoi attribuez-vous le fait que bon nombre de salles aient fermé leurs portes ces dernières années ?
– Les salles qui ferment sont des salles sans confort, je dirais presque puantes. Mais il faut noter que lorsqu’une salle possède tout le confort, une bonne projection et une bonne climatisation, cette salle connait le succès. Il est nécessaire aussi de faire remarquer que pas mal de grandes salles ferment pour se transformer en deux ou trois salles de moindre contenance. Rien qu’à Paris, il n’y a pas loin d’une vingtaine de salles qui ont fermé provisoirement pour donner naissance à quarante nouvelles salles.

Qu’est-ce que cela prouve ? Que l’exclusivité n’est plus du tout la même qu’il y a, disons, dix ans. Une salle d’exclusivité, à cette époque, était une salle « vraiment » d’exclusivité, c’est-à-dire que l’on ne pouvait voir nulle part ailleurs le film qui s’y projetait. Puis on a commencé à passer le film dans deux salles, dans trois salles, dans quatre salles. Puis, on en est venu a présenter cette « exclusivité » dans dix ou douze salles ! Il est bien évident que, dans ces conditions, il est impossible d’encore remplir une salle de deux mille places sur les Champs-Elysées ou sur les Boulevards. Le mode d’exploitation est devenu complètement différent. Non, ce qui est important, c’est le nombre de spectateurs que l’on recense au bout d’une année et dans ce domaine la situation du cinéma français est assez dramatique depuis que l’on a constaté qu’il a perdu en douze ans cinquante pour cent de sa clientèle. Et cela, qui est très grave, tient certainement à quelque chose. Mais, de grâce, qu’on ne vienne pas me parler de la télévision, des voitures ou des week­end prolongés. Il n’y a pas de télévision et de voitures en Italie ? A quoi cela tient-il que le cinéma italien n’a pas perdu un tel pourcentage de clientèle? Si le cinéma italien a perdu quinze pour cent c’est un grand maximum; or, nous, nous en sommes à 50 pour cent !

Quels sont les responsables? A mon avis, il s’agit des producteurs eux-mêmes. C’est tout de même insensé! Voilà des gens qui se plaignent de la concurrence de la télévision mais si on vient leur proposer deux ou trois millions pour passer un de leurs films sur le petit écran, ils sont les premiers à accepter. Et si on leur reproche cela, ils vous disent :
« Oui, mais les Américains donnent leurs films pour rien et si nous refusons nos films, il n’y aura que des films américains à la TV ». Mais, je m’excuse beaucoup, les producteurs français n’ont qu’à s’entendre entre-eux et c’est cela le grand drame, ils ne s’entendent jamais. C’est d’autant plus énorme que si la télévision n’avait pas à sa disposition les films de cinéma elle serait morte depuis longtemps, faute de téléspectateurs!

Le public d’aujourd’hui est-il plus exigeant que celui d’hier?
– Le public dit éclairé est un peu plus nombreux que jadis. Le pourcentage de spectateurs d’un niveau plus élevé qu’il y a, disons vingt ans, est supérieur, indiscutablement. Même en faisant la part du snobisme, le public des cinémas que l’on appelle « d’art et d’essai » est tout de même un public plus vaste que le public dit « cultivé » de jadis, cela est vrai. On peut constater actuellement une plus grande connaissance et une meilleure compréhension du cinéma. Les films, aujourd’hui, sont plus admirés que jadis. Ils sont construits d’une manière plus savante. L’ellipse et le raccourci peuvent dès lors être plus facilement employés ce qui constitue un apport évident et qui a fait progresser indiscutablement la forme narrative. Cette évolution du public, il faut le constater également, s’est faite assez rapidement.


« Si vous n’avez pas Brigitte Bardot ou de Funès… »

Le public s’intéresse davantage à l’histoire et au metteur en scène…
– Cela aussi, oui. Remarquez que j’ai toujours prétendu que les journalistes étaient responsables du culte de la vedette. Ils ont forcé là-dessus par manque de clairvoyance. On constate un retour en arrière, un retour aux sources et aujourd’hui l’on comprend mieux qu’un metteur en scène est tout de même le principal responsable d’un film…

Mais vous avez, de votre côté, révélé pas mal de vedettes…
– J’ai révélé pas mal d’acteurs qui sont devenus vedettes par la suite mais j’en ai révélés aussi qui ne le sont pas devenus, à cause de leur méconnaissance de l’art de mener une carrière, et qui se sont un peu gâchés. Je ne citerai pas de noms mais j’en ai deux ou trois aux lèvres… Qu’est-ce que cela prouve ? Cela prouve qu’un metteur en scène peut créer l’illusion…

On doit constater tout de même que les films français qui, la saison passée, ont fait le plus de succès avaient tous des vedettes au générique…
– J’ai dit tout à l’heure que le cinéma français était en crise. Cela pourrait prouver ou qu’il n’y a plus de metteurs en scène français d’envergure — moi y compris d’ailleurs! — ou qu’on ne leur donne pas la possibilité de faire des films d’envergure. Nous avons des petits films que les gens iront voir tout de même s’il y a une vedette. Ce qui est très grave c’est qu’on n’hésite pas à donner 250 millions à certains acteurs. Mais si l’on dit à un producteur de payer 5 millions à un autre qui n’est pas connu mais qui sera très bien dans le film en question, ce qui lui permettra de mettre les 245 millions qui restent dans le film, vous vous heurterez toujours à un refus.

La différence entre la production actuelle et celle de jadis ? Jadis pour « Les Enfants du Paradis », j’ai eu droit à une somme, je ne sais plus laquelle exactement, mais si je voulais refaire ce film aujourd’hui, il coûterait facilement deux milliards ! Raisonnons par l’absurde : si je demande des gens de très grand talent qui correspondent à peu près aux acteurs que j’avais à l’époque, je ne pourrais pas le refaire. Et pourquoi ? Parce que le producteur me dirait – Vous avez une très bonne histoire qui se passe à une époque extrêmement intéressante mais comme vous ne pouvez pas employer Brigitte Bardot, Alain Delon ou de Funès, il est impossible de vous donner deux milliards!

Mais si demain, un monsieur propose un film avec deux ou trois comiques français, cette somme sera immédiatement mise à sa disposition. Et cela c’est grave! Oui, c’est grave de voir que si un producteur français fait un effort considérable pour un film, ce sera pour une pantalonnade.

La crise du cinéma français, c’est avant tout celle des producteurs qui manquent d’ambition et qui n’ont plus le goût du risque. Pour être producteur, il faut être un peu joueur et même aventurier. Prévert avait coutume de dire : Ah! que c’était bon le cinéma français quand c’était encore un métier de saltimbanques ! C’est un peu vrai… Maintenant, c’est devenu une sorte d’industrie rationalisée, avec ou sans ordinateurs… Oui, vraiment, je regrette qu’il n’y ait plus de producteur d’envergure comme jadis…


« Quel est l’acteur qui ne veut pas devenir réalisateur ? »

Et l’invasion du nu à l’écran ?
– Je vais enfoncer une porte ouverte mais il y a nu et nu… Mais enfin un créateur est aussi un témoin de son temps et il serait blâmable, peut-être, s’il ne suivait pas l’évolution des moeurs. Si Mai 68 a avorté sur le plan social et politique, il est indiscutable qu’il est à la base de la révolution sexuelle dont on parle tant. Il est tout à fait normal que la totale liberté sexuelle qui est celle des jeunes d’aujourd’hui s’exprime pleinement à l’écran. Je parle évidemment des vrais metteurs en scène et non pas des fabricants de petits films érotiques. Du moment que l’expression soit artistique, je ne vois pas ce que l’on pourrait y redire, au contraire. Le tact ? Bien sûr mais parfois une œuvre d’art gagne beaucoup, si c’est nécessaire, à manquer un peu de goût et à être franchement abusive sous certains aspects…

Que pensez-vous des acteurs qui veulent absolument faire de la mise en scène ? Il y a eu, pour n’en citer que quelques-uns, Daniel Gelin, Maurice Ronet, Robert Hossein, Jacques Brel, Paul Newman. Beaucoup ont déjà abandonné la mise en scène…
– Disons que c’est la mise en scène qui les a abandonnés…

Jean-Claude Brialy, Gina Lollobrigida, Jean-Louis Trintignant, Dustin Hoffman, Tomas Milian, Vittorio Gassman, à leur tour, veulent passer de l’autre côté de la caméra…
– Cela aussi, c’est le reflet d’une époque… Je me souviens, quand j’avais vingt ans, toutes les filles et tous les garçons de cet âge voulaient devenir actrices ou acteurs de cinéma. Ou plutôt, ils disaient d’emblée, et carrément, Moi, je veux devenir vedette de cinéma!. Or, on ne sait pas pourquoi, il y a quelques années, tous les jeunes gens, et en particulier les fils de famille, ont voulu être metteur en scène. Cela a réussi à certains, cela a mal réussi à d’autres.

Maintenant comment voulez-vous que les acteurs ne veuillent pas devenir réalisateurs? Jusqu’ici, â mon avis, il y en a peu qui ont réussi. Ils ont d’autant moins réussi qu’ils étaient également interprètes dans leur film. Or, il n’y a que trois grands bonshommes qui ont réussi à être à la fois acteur et metteur en scène, ce sont Charlie Chaplin, Eric von Stroheim et Orson Welles. Tous les autres se sont plus ou moins cassé la figure. Tout le monde peut faire un film mais très rares sont ceux qui peuvent signer un très grand film. Mais enfin, s’il y a du déchet, s’il y en a un ou deux qui réussissent, ce n’est pas si mal…

Prenons par exemple l’exemple de Jacques Brel qui a tourné avec moi « Les assassins de l’ordre » C’est un homme intelligent. Je ne sais pas du tout ce qu’il a fait, je n’ai pas vu son film. Mais lorsqu’il a tourné avec moi, j’ai vu qu’il avait le sens de l’image, du cinéma, de la caméra. Qu’est-ce que cela donnera finalement ? Je n’en sais rien…

Il y a une exception : Gérard Oury…
– Oui, lui a réussi dans un domaine qui lui semblait de prime abord assez étranger. Il avait fait deux ou trois films dramatiques qui n’avaient pas bien marché et puis tout un coup, avec « Le Corniaud », il a trouvé une verve comique. C’est un garçon très gentil mais il faut aussi remarquer qu’il a été très intelligent, que contrairement aux autres acteurs dont nous parlions, il ne joue pas dans ses films et qu’il a pris deux très grands comédiens, Louis de Funès et, surtout, Bourvil, ce qui tout de même facilite grandement la tâche pour autant que vous ayiez un bon scénario et de bons gags.

« Qu’est-ce que cela veut dire, la beauté ? »

Que pensez-vous de l’évolution de la beauté masculine ?
– Qu’est-ce que la beauté ? je me le demande. Est-ce que Spencer Tracy était beau ? Alors ? Peu importe que les gens soient beaux ou laids, ce qui m’importe moi c’est qu’ils aient une présence, qu’on y croit et qu’ils traduisent parfaitement les sentiments qu’ils sont chargés d’exprimer. La beauté est une chose purement subjective. Telle femme trouvera un tel homme très bien et une autre, à côté, dira « Ça alors! Qu’est-ce qu’elle lui trouve? ».

D’autant plus que la beauté physique évolue. Il y a quarante ans, on s’extasiait sur la beauté de Rudolf Valentino. Aujourd’hui, on ne comprend pas que ce type pouvait séduire tout le monde. Car il ne faut pas oublier que Valentino avait cette particularité insensée de séduire aussi bien les hommes que les femmes ! Aujourd’hui, il est complètement démodé, mieux il fait rire! Je ne veux pas citer de jeunes premiers français du moment pour ne pas être désobligeant mais il me semble que si j’étais femme je n’aimerais pas beaucoup les barbus.

Pour les femmes, c’est la même chose. Les canons de la beauté féminine ne sont pas universels. En France, on aime plutôt les femmes minces tandis qu’au Moyen-Orient, par exemple, on préfère les femmes presque aussi larges que hautes.

J’ai cité tout à l’heure le film de Brel. D’après ce que j’en sais, il s’agit d’un film sur la laideur. Il n’a voulu dans son film que des gens laids. Laids et mesquins. Personnellement, j’aurais un petit peu peur d’entreprendre une telle histoire mais peut-être que cela aura du caractère et de l’originalité…

Quelles seront vos prochaines activités ?
– Pour l’instant, j’écris un scénario tiré d’un roman qui a déjà été adapté deux fois à l’écran. Je vais essayer de faire une troisième mouture totalement différente des deux premiers films. Si je réussis et si le producteur est d’accord, on fera le film. Il s’agit d’un thème éternel, mais je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant…

J.v.C.

(Photos Pierre Bajo )

La couverture de ce numéro de Cinérevue.


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