20.09.29 « Censures » (in.Cinémagazine)

Marcel Carné , Ciné-Reporter (1929-1934)

Marcel Carné , Ciné-Reporter (1929-1934)

Sortie prévue le 10 mars aux Editions La Tour Verte de notre anthologie des écrits de Marcel Carné lorsqu’il était critique, avant de devenir le cinéaste que vous connaissez.

Un deuxième volume est prévu ultérieurement.

Du coup, vous ne trouverez sur ce site que des extraits des articles et chroniques que nous avions retranscrit précédemment.

Nous avons consacré plusieurs pages spéciales sur notre livre à l’adresse suivante : http://www.marcel-carne.com/carne-et-la-presse/1929-1934/

www.latourverte.com

 

Article de Marcel Carné paru dans Cinémagazine n°38 daté du 20 septembre 1929

Avant de lire cet article il me parait opportun de remettre les choses dans leur contexte.

Dans cet article le jeune Marcel Carné, il a 23 ans, s’insurge contre la censure qui frappe bon nombre de films muets comme La Divine Croisiere de Julien Duvivier ou bien Les Nouveaux Messieurs, le film de Jacques Feyder sur lequel il etait assistant.
Malheureusement, la censure continuera de frapper dans les mois qui suivront cet article, on se souvient de l’immense scandale causé par la sortie en 1930 du film de Luis Bunuel L’Age d’Or ou La Ligne Générale d’Eisenstein interdit de projection à la Sorbonne par le préfet de police Jean Chiappe. Pour ne citer qu’eux bien sur.
Il est bon de rappeler que Carné a eu régulièrement affaire à la censure. Du fameux plan d’Arletty nue sous la douche dans Le Jour se Lève (censuré sous Vichy) jusqu’au Jeunes Loups, film mutilé par la censure en 1968. Et souvenons-nous de l’interdiction qui frappa le scénario sur les bagnes d’enfants de Jacques Prévert, L’Ile des Enfants Perdus en 1937 qui deviendra après diverses moutures en 1947 La Fleur de l’Age, malheureusement inachevé.

CENSURES…

Avec son bon sens habituel, mon excellent confrère René Jeanne vous parlait ici-même, dernièrement, de « l’incident Snowden » (cinématographique s’entend !) ainsi que de la préfecture de police qui ne craint pas de lancer son « veto » dans les spectacles cinématographiques. Cette ingérence, venant après l’interdiction des Amis de Spartacus, que rien ne justifiait, après celle des Tisserands et de 5° Avenue, au Vieux-Colombier, commence à devenir singulièrement inquiétante.
Un vieux proverbe dit que le ridicule tue en France. Qu’on nous permette d’en douter. Après le récent scandale des Nouveaux Messieurs, où dame Anastasie n’eut pas un rôle très reluisant, nous nous imaginions naïvement ne plus entendre parler des manieurs de ciseaux de la rue de Valois.
Quelle présomption que la nôtre ! Deux faits récents, après l’incident cité plus haut, viennent nous montrer que nous aurions tort de croire qu’avec ces chaleurs tropicales dame Anastasie s’est endormie, je ne dirai pas du sommeil du juste.

 

[…]

 

[…]

 

Plus fort encore. Le public, en plus de la censure officielle, doit subir celle des éditeurs et des exploitants.
Je me souviens avoir vu quatre fois la Foule, le film magnifique de King Vidor. Le croiriez-vous, je ne suis jamais arrivé à voir deux fois la version intégrale donnée par le cinéma du Vieux-Colombier.

[…]

 

Ainsi, comme on peut s’en rendre compte par ce tableau édifiant et qui, malgré tout, est loin d’être complet, les ravages inquiétants causés par les nombreuses censures. Les censures au cinéma, cela nous ramène aux abus de l’ancien régime, qu’un Figaro, railleur impitoyable, dénonçait en ces mots : « Pourvu que je ne traite dans mes écrits, ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose ; je puis tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »
N’est-il pas malheureux de songer qu’il y a près de cent cinquante ans que Beaumarchais écrivait cette phrase et que, s’il revenait parmi nous, il ne pourrait changer d’opinion en ce qui concerne le cinéma ?

MARCEL CARNÉ.

Dans ce numéro, figurent également deux photos du rare film de Jean Gremillon, Gardiens de Phare que Carné a chroniqué dans le numéro 40 de Cinémagazine (que nous avons mis en ligne ici).

 

 

En couverture de ce numéro de Cinémagazine on trouve cette photo de Mary Pickford dans La Megere Apprivoisée / The Taming of the Shrew de Sam Taylor

 

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