13.09.29 « Le Bilan de la Saison passée (1928-1929) » (in.Cinémagazine)

Marcel Carné , Ciné-Reporter (1929-1934)

Marcel Carné , Ciné-Reporter (1929-1934)

Sortie prévue le 10 mars aux Editions La Tour Verte de notre anthologie des écrits de Marcel Carné lorsqu’il était critique, avant de devenir le cinéaste que vous connaissez.

Un deuxième volume est prévu ultérieurement.

Du coup, vous ne trouverez sur ce site que des extraits des articles et chroniques que nous avions retranscrit précédemment.

Nous avons consacré plusieurs pages spéciales sur notre livre à l’adresse suivante : http://www.marcel-carne.com/carne-et-la-presse/1929-1934/

www.latourverte.com

 

Article de Marcel Carné paru dans Cinémagazine n°37 daté du 13 septembre 1929

Avant de lire cet article il me parait opportun de remettre les choses dans leur contexte.

La saison dont va parler Marcel Carné est sans doute l’une des plus importantes de toute l’histoire du cinéma mondial principalement à cause de l’apparition du Parlant qui va tout changer. C’est le 30 janvier 1929 que fut projeté en France à Paris le premier film parlant Le Chanteur de Jazz avec Al Jolson.
Comme l’écrit Pierre Billard dans son livre L’âge classique du cinéma français – Du cinéma parlant à la nouvelle vague (Ed.Flammarion) : « C’est bien à la fin d’un monde que le parlant apparaît. Il s’installe dans le décor fissuré d’une époque qui s’achève, sur les ruines d’un art qu’il assassine et auquel il se substitue : le cinéma muet ».
Carné donc, ayant récemment été embauché par Cinémagazine quelques mois auparavant se voit confier cet article bilan de cette saison charnière. Il va retenir quatre films avant tout : Les Docks de New-York (en France : Les Damnés de l’Océan) de Josef von Sternberg,  La Foule de King Vidor, La Passion de Jeanne d’Arc de Carl T.Dreyer et Thérèse Raquin de Jacques Feyder. Et juste après il cite le chef d’oeuvre du réalisateur suédois Victor Sjöstrom : Le Vent.
Nous sommes en septembre 1929 et ce texte est un fabuleux témoignage sur ce que ressentait le jeune Marcel Carné (il a 23 ans) à cette époque et l’on s’aperçoit que déjà ses goûts cinématographiques le portent vers des cinéastes et des films qui feront date.
Un cinéaste en devenir est en marche…

p.s
En bas de cette page, retrouvez deux photos rares du film de Jean Gremillon, Gardiens de Phare que Carné chroniquera quelques semaines plus tard. une chronique que nous avons mise en ligne ici.

Le Bilan de la Saison passée 1928-1929

On rentre. A la joie fiévreuse des départs succède la nostalgie des retours et – déjà – la reprise des affaires : Le cinéma, lui aussi, tient compte des fluctuations de l’activité industrielle ou commerciale et, pour l’exploitation, la saison 1928-1929 s’achève avec les derniers beaux jours de septembre.

C’est pourquoi le moment nous apparaît propice pour jeter un coup d’oeil en arrière, examiner les oeuvres diverses qui nous ont été révélées ces mois derniers, nous efforcer d’en tirer les conclusions qui s’imposent.
La saison 1928-1929 comptera certainement dans les annales cinématographiques en ce sens qu’elle aura vu l’exploitation pratique du film parlant. Cette découverte, qui vient tout bouleverser, qui nous fait, suivant la phrase de je ne sais plus qui, « repartir à zéro » n’aura pourtant de répercussions véritables que la saison prochaine. Si Le Chanteur de Jazz poursuit une exclusivité triomphale sur les boulevards (due en grande partie au merveilleux Al Jolson), si La Chanson de Paris et L’Epave vivante ont connu un immense succès, nous nous refusons, pour notre part, à juger les talkies sur ces films parlants assez médiocres et qui ne peuvent donner qu’une faible idée des possibilités artistiques du cinéma parlant, Nous croyons, au contraire, qu’il nous faudra attendre encore de longs mois avant d’envisager réellement celles-ci. C’est pourquoi nous nous contenterons, pour la dernière fois peut-être, d’examiner les seuls films muets de la saison passée.

 

 

[…]

 

[…]

 

Et, chez nous, nous avions également Les Nouveaux Messieurs, cadeau royal que nous offrait Jacques Feyder avant son départ pour l’Amérique.
Les Deux Timides : une nouvelle rencontre du spirituel René Clair avec le vieux Labiche qui dut bien se réjouir, là-haut, du rajeunissement apporté à son oeuvre.
Allant de pair avec l’engouement d’un certain public pour la comédie américaine, le film dit policier partait à l’assaut des écrans français.
Sternberg déclanchait l’offensive avec Les Nuits de Chicago, la plus parfaite réussite du genre. Fritz Lang répliquait par Les Espions, qui manque un peu de cohésion mais contient des passages qui sont véritablement du cinéma. Paul Léni nous donnait Le Dernier Avertissement, un aimable tour d’illusionniste ravi de faire « marcher » les spectateurs. Enfin nous avions Club 73, d’un intérêt adroitement soutenu.
Au début de la saison nous avait été révélé Maldone, une oeuvre originale d’un jeune réalisateur français, Jean Grémillon. Malheureusement, ce film très long, trop long, fut amputé de parties fort belles et perdit ainsi de sa valeur et de son unité.

 

[…]

Cette énumération n’a pas la prétention d’être complète. Nous nous sommes surtout efforcés de retenir les oeuvres les plus marquantes de la saison 1928-1929. Mais l’année qui nous a donné quatre films qui resteront quatre dates dans l’histoire du cinéma, une dizaine qui ne sont pas loin d’être des chefs-d’oeuvre et environ une vingtaine d’une parfaite tenue, n’est pas à dédaigner.
Nous sommes également heureux de constater que la France ne figure pas en parent pauvre, comme on pouvait le redouter tout d’abord. Espérons que la saison qui vient, et malgré les bouleversements occasionnés par le film parlant, nous apportera des oeuvres d’une valeur aussi considérable et qu’elle verra enfin, pour notre grande joie à tous, nos cinéastes se mettre résolument à l’ouvrage dans l’espoir de reconquérir la place prépondérante que nous avons perdue depuis si longtemps déjà.

MARCEL CARNÉ.

la couverture : L’actrice Betty Amann qui joue dans Asphalte de Joe May et au verso : un beau portrait de la fameuse actrice Louise « Loulou » Brooks qui joue dans Prix de beauté d’André Genina.

 

 

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Dans ce numéro rare de Cinémagazine, nous avons la surprise de voir deux photos tirés de l’un des premiers films de Jean Grémillon quasi-invisible : Gardiens de Phare.

 

 

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