12.04.29 « Les Espions de Fritz Lang » (in.Cinémagazine)

 

Article de Marcel Carné paru dans Cinémagazine n°15 daté du 12 avril 1929

Avant de lire cet article il me parait opportun de remettre les choses dans leur contexte.

Cet article est important dans la carrière de Marcel Carné car il s’agit de l’un de ceux qu’il a envoyé (il en a envoyé en tout cinq) qui lui a permis de remporter le concours de Cinémagazine. Cinémagazine qui était l’un des plus importants magazine de cinéma de l’époque va l’embaucher à la suite de ce concours et Carné y restera jusqu’en 1933.

Les Espions de Fritz Lang

Les films de Fritz Lang sont toujours âprement discutés. On s’accorde, en général, pour trouver le scénario stupide. Les Espions n’ont pas failli à la règle…

Pourtant, stupide ne semble pas être, cette fois, le mot qui convienne parfaitement. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’une histoire policière comporte forcément une part d’arbitraire plus ou moins grande. Ce que je reprocherais plutôt au scénario des Espions, c’est que l’auteur a voulu y mettre tout… et le reste. Les situations y sont accumulées de telle sorte qu’il est matériellement impossible au réalisateur de nous mettre dans l’ambiance si vous préférez, de nous préparer aux évènements qui vont se dérouler.

Et c’est ainsi que dans Les Espions, nous subissons les faits, mais nous ne les vivons pas.

L’histoire reste très loin de nous. Les personnages s’agitent trop et manquent de naturel. A cet égard, ceux des Nuits de Chicago nous etaient plus familiers, un seul geste était plus éloquent qu’une poursuite effrénée.
Mais il est juste de dire que la qualité plastique de la mise en scène et la technique étourdissante du film dissimulent souvent les maladresses de l’intrigue. Une science des éclairages – à laquelle n’est pas étranger Fritz Lang – est certainement pour beaucoup dans l’émotion que nous avons ressentie à certaines scènes, l’animation secrète de la banque ou l’accident de chemin de fer, par exemple.
Par contre la mort du clown manque de puissance. L’interprétation (Lupu Pick et Rudolf Klein-Rogge exceptés) est assez monotone. Il est vrai que le réalisateur des Espions avait demandé à ses interprètes de passer par des sentiments si divers, qu’ils ont droit pour une large part à notre indulgence.

Quant à Fritz Lang, de même que dans Métropolis, il a montré dans un film qui manque souvent de cohésion sa grande maîtrise dans tous les genres.

MARCEL CARNÉ.
7. rue des Moines. Paris (17°).

 

En couverture de ce numéro de Cinémagazine on trouve cette photo rare de Joan Crawford dans Les Nouvelles Vierges (Our Modern Maidens) de Jack Conway ainsi qu’au verso cette autre de Mary Pickford dans Coquette de Sam Taylor.

 

On y trouve aussi ces deux photos rares du film de Jacques Feyder, Les Nouveaux Messieurs, sur lequel Carné était assitant.

 

 

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