01.11.29 « Lucky Star » de Frank Borzage par Marcel Carné (Cinémagazine 1929)


A l’occasion de la sortie en France de l’édition DVD et Blu-ray de trois des plus beaux films de Frank Borzage chez Carlotta, nous avons eu l’idée de fouiller dans nos archives pour vous montrer la fameuse chronique dont parle Hervé Dumont le spécialiste de Borzage qui a supervisé cette édition.

C’est lui-même qui a remarqué que Carné a été à l’époque l’un des rares journalistes français à souligner l’importance des films de Borzage et de Lucky Star en particulier. Ce qui est loin de nous étonner car on retrouve une similitude dans les thèmes abordés entre les deux cinéastes et plus particulièrement celui de l’Amour fou que Carné traitera à sa manière que ce soit dans un film comme Les Visiteurs du Soir ou Juliette ou la clef des songes.

Cette chronique du jeune Marcel Carné (il avait 23 ans à l’époque) a été publiée dans le numéro 44 daté du 01 novembre 1929 de la revue Cinémagazine (dans laquelle il écrivait depuis quelques mois).

N.B

Carné évoque la version parlante du film ce qui ne manquera pas de surprendre ceux qui verront la copie sortie par Carlotta qui est muette.

En effet, Lucky Star est sorti à New York quelques mois auparavant (le 21 juillet 1929) en étant présenté comme le premier talkie de Janet Gaynor et Charles Farrell. Mais le film passe vite inaperçu et « son absence de sensationalisme, sa modestie et peut-être une certaine tristesse de fond le vouent bientôt aux oubliettes » (Hervé Dumont. Frank Borzage, Sarastro à Hollywod. Mazotta).

Il semble que la version parlante soit perdue mais heureusement Lucky Star sera redécouvert en 1990 grâce au Nederland Filmmuseum qui a retrouvé dans ses archives la version muette. C’est cette version qui a été restaurée.

Cliquez ici pour voir un extrait de Lucky Star sur le site de Carlotta.

LUCKY STAR (L’ISOLE)
Interprété par JANET GAYNOR et CHARLES FARRELL.
Réalisation de FRANK BORZAGE. (Fox-Film)

Disons tout de suite notre prédilec­tion particulière pour les oeuvres de Frank Borzage. Les films qu’il réalise n’ont pas toujours la « charpente » nécessaire, mais, chefs-d’oeuvre de simpli­cité, ils sont empreints d’une telle pureté, d’une telle sensibilité à fleur de peau, la photographie est parfois d’une sua­vité si plaisante au regard, qu’on subit à les voir une sorte de plaisir inexprimable.

Si L’Isolé, venant de l’auteur de La Femme au corbeau (The River.ndr), nous a un peu déçu, cela n’est pas seulement le fait de Frank Borzage. N’oublions pas que le film était parlant et qu’on nous le montre dans sa version muette. Or, nul n’ignore que les talkies ont eu pour effet jusqu’ici de ralentir, dans de sensibles propor­tions, le rythme cinématographique. Celui-ci étant déjà assez lent dans les oeuvres précédentes de ce réalisateur, de là les quelques longueurs de son dernier film.

On ne peut guère raconter le scénario bâti sur des riens, des subtilités, qui donnent aux caractères une grande partie de leur vérité.

Avec un tel sujet il était facile de tomber dans le poncif. Borzage l’évite assez adroitement, si, l’on en excepte la fin qui, probablement, lui a été imposée.

Les personnages, même si le milieu où ils s’agitent apparaît artificiel, sont autre­ment étoffés que ceux de la majorité des films actuels. Voyez celui de la petite rustaude, son évolution au con­tact d’un être pur. Et la mère, marâtre dans notre esprit, nous faisant com­prendre tout à coup « qu’ayant toujours travaillé sans jamais arriver, elle vou­drait voir sa fille plus heureuseCharles Farrell est un invalide d’une émouvante sincérité, et Janet Gaynor, une étrange femme ou fillette, on ne sait.

MARCEL CARNE


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