Marcel Carné par Polanski (Positif mai 2015)

Dans le dernier numéro (651) daté de mai 2015 de la revue Positif, qui est paru il y a quelques semaines, on trouve cet article « inédit » du réalisateur Roman Polanski consacré à Marcel Carné.

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Ce vibrant hommage de Roman Polanski s’étale sur sept pages et permettra à ceux qui ne connaissent pas encore ce texte de comprendre ce qui lie ce cinéaste d’origine polonaise au réalisateur des Enfants du Paradis.

Nous écrivons « ceux qui ne connaissent pas encore » car ce texte est disponible depuis de nombreux années sur Internet !

En effet, Roman Polanski a été élu membre de l’Académie des Beaux Arts le 11 mars 1998 au fauteuil de Marcel Carné dans la catégorie Création artistique pour le cinéma et l’audiovisuel (Marcel Carné avait été lui-même élu à cette place le 14 mai 1980 et avait prononcé un discours que nous avons reproduit il y a quelques années ici).

Et c’est le 15 décembre 1999 qu’il deviendra officiellement académicien lors d’une cérémonie officielle.

A cette occasion, comme il est d’usage, il doit prononcer l’éloge de son prédécesseur ayant été accueilli par un discours de l’acteur Peter Ustinov (le mari de Suzanne Cloutier, qui joue dans Juliette ou la clef des songes que Marcel Carné réalisa en 1951).

Mais loin de sacrifier à cet exercice protocolaire, Roman Polanski profite de la situation pour montrer ce qu’il doit aux films de Marcel Carné.

« Il y aurait encore tant et tant de choses à dire sur ce grand magicien des images, souvent traité injustement par les cinéphiles. Le temps passe, … mais n’efface pas sur le sable les merveilleux souvenirs qu’il nous a laissés … » écrit-il à la fin.

Polanski partage avec Marcel Carné le même jour de naissance (et la même ville !), il est effectivement né à Paris le 18 août (comme Carné donc) mais en 1933. Outre ce fait, il rappelle que c’est à treize ans à Cracovie qu’il découvre Les Enfants du Paradis dans une Pologne occupée par les soviétiques et que les films occidentaux étaient rares. Il se souvient avec émotion que « ce Boulevard du Crime, tellement différent de ce que j’avais déjà vu, me procura une émotion que je n’ai jamais oubliée ».

C’est tout à l’honneur de Positif d’avoir ressorti ce texte de l’oubli.

Néanmoins, il nous semble qu’il aurait été plus judicieux de lui adjoindre une introduction car le lecteur rapide ne remarquera pas qu’à la fin est indiqué la provenance de ce texte (en tout petit caractère). Aussi ce lecteur peut se demander (à raison) pourquoi Polanski retrace toute la carrière de Marcel Carné à travers ses principaux films et pourquoi n’a-t-il pas plutôt écrit un texte plus personnel ?

Heureusement, ce texte est suffisamment sincère pour comprendre que Roman Polanski ne se force pas dans son discours. Espérons qu’un jour prochain quelqu’un aura l’idée, lors d’un entretien avec le réalisateur de Tess, d’approfondir ce qui unit Roman Polanski à Marcel Carné.

Nous vous laissons découvrir ce discours soit dans Positif (édité par Institut Lumière/Actes Sud au prix de 7,80 euros) soit sur le site de l’Académie des Beaux Arts.

Pour clore cette actualité, terminons par cet extrait de ce discours de Polanski.

[…]

Pouvais-je imaginer qu’un jour je ferais partie de ce monde magique du cinéma? Même dans mes rêves les plus fous je ne pouvais penser que je serais amené un jour à lui rendre hommage. Pour bien parler de Marcel Carné aujourd’hui, il me fallait revoir ses films, relire sa biographie, rencontrer ceux qui avaient été ses amis. Plus j’avançais dans cette recherche, plus il m’apparaissait que, par bien des côtés, je pouvais m’identifier à lui.

Tous les deux nous avons le même goût du tournage en studio, la même manie du détail, le même intérêt dans la composition du cadre, la même logique des mouvements de caméra et du rythme du film. Marcel Carné avait son Jacques Prévert, moi j’ai eu mon Gérard Brach. Pardonnez-moi d’autres similitudes plus futiles qui me viennent à l’esprit. Enfants nous avons eu la même fascination pour les appareils de projection, adolescents nous avons été tous les deux des boulimiques de films. Tous les deux nous sommes de petite taille. Comme lui j’ai toujours paru plus jeune que mon âge. Bien des producteurs se laissant prendre à mon allure juvénile ne me faisaient pas confiance. Peut-être s’imaginaient-ils que pour être un bon réalisateur il fallait avoir l’air d’un académicien? Pourtant j’ai réussi, toujours comme lui, à signer mon premier long métrage à 27 ans. […]

Signalons que ses collègues à l’Académie des beaux-arts dans cette catégorie sont : Jeanne MOREAURégis WARGNIER et Jean-Jacques ANNAUD.

LIENS

le site officiel de Positif.

le site officiel de l’Académie des beaux-arts.

La page sur Roman Polanski sur le site de l’Académie des beaux-arts.

 

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